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C’est une question que les croyants et les incroyants se posent. Le philosophe canadien J. L. Schellenberg a élaboré un argument contre l’existence de Dieu basé sur cette même question. En anglais, ça s’appelle « the argument from divine silence », « the argument from nonbelief », ou encore  » the argument from divine hiddenness ». Nous allons ici examiner cet argument.

Sous sa forme simple :

1. Si un Dieu parfaitement aimant existe, alors il n’existe pas d’incroyants ne lui résistant pas.

2. Il existe des incroyants ne lui résistant pas.

C. Un Dieu parfaitement aimant n’existe pas.

Sous sa forme plus complexe :

1. Si un Dieu parfaitement aimant existe, toute personne capable d’une relation explicite et positivement significative avec Dieu et qui ne se s’est pas librement fermée à lui est en mesure de participer à une telle relation avec Dieu. (Ils peuvent entrer en relation avec lui simplement en essayant.)

2. Personne n’est en mesure de participer à une telle relation sans d’abord croire que Dieu existe.

3. Si un Dieu parfaitement aimant existe, alors toute personne capable d’une relation explicite et positivement significative avec Dieu et qui ne s’est pas librement fermée à lui croit qu’il existe. (Conclusion de (1) et (2).)

4. Ce n’est pas le cas que toute personne capable d’une relation explicite et positivement significative avec Dieu et qui ne s’est pas librement fermée à lui croit que Dieu existe. Autrement dit, il y a des incroyants ne lui résistant pas librement et consciemment. Dieu est véritablement caché à leurs yeux.

5. Un Dieu parfaitement aimant n’existe pas.

6. Si Dieu existe, alors il est parfaitement aimant.

C. Dieu n’existe pas.

Explications :

L’argument se base énormément sur la notion de l’amour et ce qu’une personne devrait normalement faire pour être considérée aimante. Tout comme avec l’argument du mal, cet argument cherche à démontrer que si un Dieu avec tels attributs existe, alors le monde ne devrait pas être comme il est. Examinons la version plus élaborée. La prémisse (1) apporte la notion de résistance libre, comme quoi on peut rejeter Dieu volontairement et la responsabilité de ce choix nous revient. De plus, la notion de capacité à entrer en relation avec Dieu est introduite. Simplement en le désirant, nous devrions pouvoir entrer en relation avec Dieu. La prémisse (2), qui m’apparaît comme indéniablement vraie, soulève l’objection principale posée par l’argument. La prémisse (3) continue et affirme que croire en Dieu est nécessaire pour être capable d’entrer en relation avec lui. Cette prémisse sous-entend que si Dieu existe et qu’il veut être en relation avec nous, alors tout le monde devrait croire en son existence. Car pour être en mesure d’avoir cette relation, il faut d’abord croire qu’il existe. La prémisse (4) délivre le coup de grâce et fournit une preuve concrète contre l’existence de Dieu par l’existence d’incroyants ne lui résistant pas. Le reste suit logiquement.

L’amour et l’impartialité de Dieu 

Évidemment, les gens ne croyant pas en un Dieu parfaitement aimant évitent la conclusion finale. Ils croient à un Dieu, mais qui n’aime pas tout le monde. Cela explique pourquoi certaines personnes seulement croiraient en lui. Les calvinistes s’en sortent donc indemnes. Toutefois, je défends l’existence d’un Dieu parfaitement aimant, donc cet argument est un problème pour moi. C’est aussi la position biblique explicite, en plus d’être la position philosophiquement la plus sensée, comme je l’ai entre autres déduit dans mon argument de la valeur. Nous sommes tous égaux devant Dieu. L’un n’est pas plus ou moins favorisé qu’un autre aux yeux de Dieu. Quand on y pense, choisir arbitrairement des gens pour aucune raison particulière n’est ni de l’amour ni de la justice. Il n’y a aucune équité là-dedans. Ça ne serait qu’une espèce de loterie cosmique.

Voici quelques versets bibliques illustrant mon point :

« La gloire, l’honneur et la paix seront pour tout homme qui fait le bien, le Juif d’abord, mais aussi le non-Juif, car devant Dieu il n’y a pas de favoritisme. »(Romains 2.10-11)

« Cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus Christ homme, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. » (1 Timothée 2:3-6)

« En effet, Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » (Jean 3.16)

« Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. » (1 Jean 4:8)

« Est-ce que je prends plaisir à voir le méchant mourir? déclare le Seigneur, l’Eternel. N’est-ce pas plutôt à le voir changer de conduite et vivre? […] En effet, je ne prends pas plaisir à voir mourir quelqu’un, déclare le Seigneur, l’Eternel. Changez donc d’attitude et vivez! » Ézéchiel 18.23, 32)

Défense de l’argument

Une chose que Schellenberg et les calvinistes ont en commun est leur déni de l’existence du libre-arbitre. En effet, l’argument de Schellenberg tire sa force uniquement de ce point… Les incroyants ne sont pas responsables de leur incroyance. Pauvres eux, ils ne sont que des victimes. Il ne savent pas que Dieu existe, comment pourrait-on s’attendre d’eux qu’ils croient en lui et aient une relation avec leur créateur? Ils en sont incapables! Et donc non coupables. Schellenberg reconnaît qu’il y a des qui gens rejettent Dieu volontairement et consciemment, mais il affirme qu’il y a des personnes qui seraient disposées à croire en lui si seulement ils savaient qu’il existe.

Comment prouve-t-il cela? Il utilise comme exemple les gens qui ont déjà été croyants en Dieu, des chrétiens par exemple, et qui ont abandonné leur croyance. Suite à une examination rigoureuse des faits, à travers leur propre expérience et les arguments qu’ils on pu trouver, ils ont remarqués que leur foi en Dieu s’érodait malgré eux. Ils étaient bien contents d’être chrétiens et auraient aimé le rester. Toutefois, la réalité s’est révélée à eux d’une manière différente qu’ils la concevaient précédemment. Schellenberg affirme ouvertement que cela est involontaire. Ils désiraient croire, mais ne le pouvaient plus, dû aux preuves et arguments qu’ils avaient acquis. Ils se sont rendus compte que croire en Dieu est irrationnel et injustifié et donc insatisfaisant à croire. Semblablement, des athées et agnostiques ayant fait une examination honnête des faits demeurent tout-de-même athées et agnostiques.

Un autre exemple qu’il mentionne est toute personne dans le présent et à travers l’histoire qui a été dans l’impossibilité de croire en Dieu puisque ce n’était pas une option viable pour elle. On parle ici d’un rejet culturel. Dans certaines cultures, le concept de Dieu n’existe même pas. D’autres croyances remplacent le théisme, supportées par la tradition, l’autorité et/ou l’expérience. Schellenberg mentionne les hommes préhistoriques comme exemple supplémentaire. Je ne sais pas comment il peut affirmer qu’ils ne croyaient pas en Dieu, mais de toute manière je rejette l’existence de telles personnes, comme je l’argumenterai ailleurs.

Pour certains encore, le concept même d’un Dieu créateur de l’univers, tout-puissant, tout-connaissant, parfaitement bon et aimant ne les interpelle pas, dit-il.

Quelques réponses :

Commençons par le plus facile… Que pour certains le concept de Dieu ne les interpellent pas, qu’est-ce qu’on en a à faire? Il n’y a rien d’illogique, d’incohérent ou d’impossible dans le concept de Dieu. Dieu existe indépendamment de nos goûts et opinions à son sujet. Évidemment, le point de Schellenberg est que Dieu ne permettrait supposément pas une telle situation s’il nous aime vraiment, car cette personne est dès lors dans l’impossibilité d’entrer en relation avec lui. Puisque connaître Dieu est le plus grand bien qu’une personne puisse acquérir, ayant été faite pour le connaître et être en relation avec lui, elles sont privées du plus grand bien. En plus, selon le christianisme, qui est la position que je défends, on peut hériter de la vie éternelle seulement en croyant en lui. Autrement, c’est le jugement, un châtiment conscient, suivi d’une destruction définitive qui nous attendent. Le seul échappatoire possible de la souffrance et de la mort est en Dieu, par Jésus. C’est donc très grave de ne pas croire en lui!

Alors pourquoi Dieu permet-il cela? Surtout à la lumière des versets que j’ai cités. Il semblerait que Schellenberg pense que Dieu devrait forcer tout le monde à croire en lui, s’il nous aime vraiment.

La logique derrière son argument est que, de toute évidence, Dieu est caché, ne serait-ce que partiellement. Son existence n’est pas un fait indéniable de la réalité. C’est donc de la faute de Dieu s’il y a des incroyants. Donc il ne nous aime pas. Parce que quand on aime quelqu’un et qu’on veut qu’il soit en relation avec nous, on s’arrange pour qu’il sache au moins qu’on existe! C’est aisément compris en prenant comme exemple l’amour humain. Si un gars ou une fille veut être en couple avec une personne qu’il connaît/côtoie, alors il est mieux d’attirer son attention d’une quelconque manière que ce soit pour au moins initier la relation. Ce qui suivra ensuite dépendra aussi de l’autre individu et c’est seulement là que la notion de liberté de Schellenberg entre en jeu. Il mentionne aussi les relations parents-enfants comme exemple. Est-ce que des parents aimant leur enfant et désirant une relation avec celui-ci se cacheraient volontairement de lui toute sa vie, le laissant croire qu’il est orphelin? Évidemment que non. Au sein d’une relation déjà entamée, Schellenberg dit, on peut se retirer librement. La personne qui se retire est toujours dans la position de revenir, en supposant, comme c’est le cas dans notre discussion présente, que l’autre est toujours disponible pour cette relation et la désire. Les incroyants devraient donc être en mesure de revenir à lui n’importe quand, s’ils le souhaitent, Dieu étant toujours disponible.

Il mentionne que des croyants ayant abandonné la foi ont rencontré des preuves contre l’existence de Dieu et qu’ils ont été forcés à abandonner cette croyance à cause de ça. D’accord. Supposons que c’est vrai. Mais qu’en est-il de ceux qui trouvent des preuves en faveur de l’existence de Dieu et qui en deviennent persuadés, comme moi? Qu’en est-il de tout ceux affirmant avoir une relation satisfaisante avec Dieu? Ces gens aussi existent. Dieu n’est donc pas complètement hors d’atteinte.

Victimes ou responsables?

Examinons maintenant le point principal de Schellenberg. Est-ce vrai que nous sommes victimes de nos croyances?

Clairement pas! En fait, je suis sidéré de constater à quel point autant de gens sont tombés dans le panneau! Même moi, avant. Mais sérieusement, tout ce que j’ai trouvé comme réponses d’apologètes non-calvinistes ne contredisaient pas le point principal de l’argument! Ils essayaient juste de trouver des bonnes raisons, conférant un plus grand bien, à pourquoi Dieu permet l’incroyance (dans le sens de ne pas savoir que Dieu existe sans que ce soit de leur faute) dans le monde. Par exemple, ils ne sont peut-être pas prêts à le connaître encore, donc Dieu se cache d’eux en attendant. S’il se révélait plus tôt, ils le rejetteraient, donc Dieu attend le bon moment. Ou encore, si l’existence de Dieu était indéniablement évidente, alors les gens se sentiraient contraints à faire le bien. Par peur d’être puni ou par désir de recevoir une récompense. Des actions comme le sacrifice de soi et le courage seraient dépouillées de leur valeur morale. Ou encore, la majesté de Dieu est tellement merveilleuse que si on la voyait pleinement et directement, alors on ne pourrait même pas y résister. On entrerait automatiquement en relation avec Dieu et on n’aurait aucun choix.

Une autre possibilité encore, que Schellenberg admet cette fois, serait que Dieu se retire temporairement d’une relation avec un humain pour lui enseigner quelque chose. La personne, ne percevant plus la présence de Dieu, est supposée persévérer, gardant confiance en lui. Sa confiance, peut-être, en grandira d’autant plus et lorsque Dieu reviendra dans la relation, celle-ci sera encore meilleure. Ce phénomène religieux se dénomme « la nuit de l’âme ». Toutefois, c’est sans conséquence pour l’argument, puisqu’une relation existait déjà dans ce cas. La personne peut encore se fier à ses expériences passées et aux raisons qu’elle a de croire en Dieu, contrairement à ceux qui l’ont rejeté que j’ai mentionnés plus tôt. Cette personne n’a pas rencontré de preuves la menant à rejeter sa croyance et ne s’est pas rendue compte que son expérience humaine ne concorde pas avec sa croyance en Dieu. Dieu est ici compris comme ne s’étant retirer que temporairement d’une relation en cours dans le but d’amener un quelconque bénéfice.

En ce qui a trait à la raison de la liberté morale, je crois qu’elle échoue lamentablement pour la simple raison que connaître Dieu est effectivement le plus grand bien qui soit pour une personne. Ça devrait déjà être le plus grand bien obtenable, car c’est le but de la vie et le seul moyen de survivre à la mort! Se sacrifier n’est d’ailleurs pas plus facile pour une personne croyante convaincue de l’existence de Dieu… Jésus lui-même en a sué du sang! Pourtant, y a-t-il eu une personne plus convaincue dans toute l’histoire de l’humanité que Dieu existait et qu’il aurait la félicité éternelle après la mort? De plus, on le fait normalement non parce qu’on se fout de mourir, mais parce qu’on veut aider quelqu’un. Et il y a des gens qui croient en Dieu, mais qui le rejettent, comme Schellenberg lui-même le reconnaît. Et ils font quand même le mal librement. Si ça se trouve, les gens ne feraient qu’haïr Dieu plus ouvertement et plus intensément s’il rendait son existence indéniable. Il serait donc mieux de nuancer et de dire que Dieu, afin de ne pas s’imposer à eux, laisse de l’espace aux gens, sans nécessairement se cacher d’eux complètement ou définitivement. Ultimement, ce qui importe pour une relation explicite et positivement significative avec Dieu n’est pas que des gens croient qu’il existe mais que des gens l’aiment, quoiqu’il soit évidemment nécessaire de savoir qu’il existe pour ce faire.

De surcroît, bibliquement, Dieu n’a pas fait le monde tel qu’il est aujourd’hui. Le premier couple d’humain vivant dans le jardin d’Éden savait parfaitement que Dieu existait. C’est suite à leur désobéissance qu’ils ont voulu se cacher de Dieu. Dieu ne s’est jamais caché de nous dans cette histoire, même si sa présence n’est pas toujours pleinement perceptible. Voici le récit biblique en question:

« Puis Dieu dit: «Faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance! Qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.» Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu. Il créa l’homme et la femme. Dieu les bénit et leur dit: «Reproduisez-vous, devenez nombreux, remplissez la terre et soumettez-la! Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se déplace sur la terre!» Dieu dit aussi: «Je vous donne toute herbe à graine sur toute la surface de la terre, ainsi que tout arbre portant des fruits avec pépins ou noyau: ce sera votre nourriture. A tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel et à tout ce qui se déplace sur la terre, à ce qui est animé de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture.» Et cela se passa ainsi. Dieu regarda tout ce qu’il avait fait, et il constata que c’était très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin. Ce fut le sixième jour. (Genèse 1.26-31)

« L’Eternel Dieu façonna l’homme avec la poussière de la terre. Il insuffla un souffle de vie dans ses narines et l’homme devint un être vivant. L’Eternel Dieu planta un jardin en Eden, du côté de l’est, et il y mit l’homme qu’il avait façonné. L’Eternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute sorte, agréables à voir et porteurs de fruits bons à manger. Il fit pousser l’arbre de la vie au milieu du jardin, ainsi que l’arbre de la connaissance du bien et du mal. »(Genèse 2.7-9)

« L’Eternel Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Eden pour qu’il le cultive et le garde. L’Eternel Dieu donna cet ordre à l’homme: «Tu pourras manger les fruits de tous les arbres du jardin, mais tu ne mangeras pas le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras, c’est certain.» L’Eternel Dieu dit: «Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je lui ferai une aide qui soit son vis-à-vis.» Alors l’Eternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. L’Eternel Dieu forma une femme à partir de la côte qu’il avait prise à l’homme et il l’amena vers l’homme. L’homme dit: «Voici cette fois celle qui est faite des mêmes os et de la même chair que moi. On l’appellera femme parce qu’elle a été tirée de l’homme.» »(Genèse 2.15-23)

« Le serpent était le plus rusé de tous les animaux sauvages que l’Eternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: «Dieu a-t-il vraiment dit: ‘Vous ne mangerez aucun des fruits des arbres du jardin’?» La femme répondit au serpent: «Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Cependant, en ce qui concerne le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: ‘Vous n’en mangerez pas et vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.’» Le serpent dit alors à la femme: «Vous ne mourrez absolument pas, mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme Dieu: vous connaîtrez le bien et le mal.» La femme vit que l’arbre était porteur de fruits bons à manger, agréable à regarder et précieux pour ouvrir l’intelligence. Elle prit de son fruit et en mangea. Elle en donna aussi à son mari qui était avec elle et il en mangea. Leurs yeux à tous les deux s’ouvrirent, et ils prirent conscience qu’ils étaient nus. Ils attachèrent des feuilles de figuier ensemble et s’en firent des ceintures. Quand ils entendirent la voix de l’Eternel Dieu en train de parcourir le jardin vers le soir, l’homme et sa femme se cachèrent loin de l’Eternel Dieu au milieu des arbres du jardin. » (Genèse 3.1-8)

On peut voir à la fin que la présence de Dieu n’était pas toujours avec eux. Cela ne les empêchait certainement pas de croire que Dieu existe, dû au simple fait qu’il les a créé et qu’il leur a donné des responsabilités à respecter tout de suite après. Le serpent est responsable du premier mensonge à être cru par l’homme. Les deux premiers humains ont choisi de faire confiance à Satan plutôt qu’à Dieu. Ils ont choisi de croire le serpent, plutôt que Dieu.

Étant donné que ça fait plusieurs arguments que je présente sur mon blog (et d’autres sont à venir) pour l’existence de Dieu, il est certainement faux de dire que Dieu est complètement caché. Donc déjà là, l’argument de Schellenberg est réfuté, car il y a de très bonnes raisons de croire qu’il existe. En plus, je démontre comment le naturalisme est une très mauvaise option. Cela nous laisse seulement avec des religions théistes comme options viables.

L’existence de Dieu, sans être indéniablement évidente, est suffisamment claire et accessible à tous. Il suffit de vouloir le voir et de chercher un peu. C’est d’ailleurs la position chrétienne depuis le début. Après la résurrection de Jésus en Israël, les premiers chrétiens commencèrent à partager la bonne nouvelle aux païens des pays voisins :

« Paul, debout au milieu de l’Aréopage, dit: «Athéniens, je vous trouve à tout point de vue extrêmement religieux. En effet, en parcourant votre ville et en examinant les objets de votre culte, j’ai même découvert un autel avec cette inscription: ‘A un dieu inconnu’! Celui que vous révérez sans le connaître, c’est celui que je vous annonce. Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve est le Seigneur du ciel et de la terre, et il n’habite pas dans des temples faits par la main de l’homme. Il n’est pas servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie, le souffle et toute chose. Il a fait en sorte que tous les peuples, issus d’un seul homme, habitent sur toute la surface de la terre, et il a déterminé la durée des temps et les limites de leur lieu d’habitation. Il a voulu qu’ils cherchent le Seigneur et qu’ils s’efforcent de le trouver en tâtonnant, bien qu’il ne soit pas loin de chacun de nous. En effet, c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être, comme l’ont aussi dit quelques-uns de vos poètes: ‘Nous sommes aussi de sa race.’ Ainsi donc, puisque nous sommes de la race de Dieu, nous ne devons pas croire que la divinité ressemble à de l’or, à de l’argent ou à de la pierre, sculptés par l’art et l’imagination de l’être humain. Sans tenir compte des temps d’ignorance, Dieu annonce maintenant à tous les êtres humains, partout où ils se trouvent, qu’ils doivent changer d’attitude, parce qu’il a fixé un jour où il jugera le monde avec justice par l’homme qu’il a désigné. Il en a donné à tous une preuve certaine en le ressuscitant.» » (Actes 17.22-31)

Peu importe les temps d’ignorance sur les détails exacts de qui Dieu est et de ce qu’il veut, choses auxquelles avaient accès les juifs par la loi et leurs prophètes. La bonne nouvelle de Jésus, envoyé de Dieu pour se révéler aux hommes, est pour tout le monde. Tout le monde a l’occasion de choisir consciemment comment il voudra se positionner face à Dieu désormais dans sa vie.

L’objection de Schellenberg semble finalement être que Dieu ne se révèle pas assez à son goût. C’est une question d’opinion alors. Moi je crois qu’il se révèle suffisamment.

Avec quoi cela nous laisse-t-il? Pourquoi y a-t-il des incroyants? La bible est claire, tel que Paul nous le rapporte encore :

« La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui par leur injustice tiennent la vérité prisonnière, car ce qu’on peut connaître de Dieu est évident pour eux, puisque Dieu le leur a fait connaître. En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient depuis la création du monde, elles se comprennent par ce qu’il a fait. Ils sont donc inexcusables, puisque tout en connaissant Dieu, ils ne lui ont pas donné la gloire qu’il méritait en tant que Dieu et ne lui ont pas montré de reconnaissance; au contraire, ils se sont égarés dans leurs raisonnements et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. Ils se vantent d’être sages, mais ils sont devenus fous, et ils ont remplacé la gloire du Dieu incorruptible par des images qui représentent l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles. C’est pourquoi Dieu les a livrés à l’impureté par les désirs de leur cœur, de sorte qu’ils déshonorent eux-mêmes leur propre corps, eux qui ont remplacé la vérité de Dieu par le mensonge et qui ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur, qui est béni éternellement. Amen! C’est pour cette raison que Dieu les a livrés à des passions déshonorantes: leurs femmes ont remplacé les rapports sexuels naturels par des relations contre nature; de même, les hommes ont abandonné les rapports naturels avec la femme et se sont enflammés dans leurs désirs les uns pour les autres; ils ont commis homme avec homme des actes scandaleux et ont reçu en eux-mêmes le salaire que méritait leur égarement. Comme ils n’ont pas jugé bon de connaître Dieu, Dieu les a livrés à leur intelligence déréglée, de sorte qu’ils commettent des actes indignes. Ils sont remplis de toute sorte d’injustice, [d’immoralité sexuelle,] de méchanceté, de soif de posséder et de mal. Leur être est plein d’envie, de meurtres, de querelles, de ruses, de fraudes et de perversité. Rapporteurs, ils sont aussi médisants, ennemis de Dieu, arrogants, orgueilleux, vantards, ingénieux pour faire le mal, rebelles à leurs parents. Dépourvus d’intelligence, de loyauté, d’affection, ils sont [irréconciliables,] sans pitié. Et bien qu’ils connaissent le verdict de Dieu déclarant dignes de mort les auteurs de tels actes, non seulement ils les commettent, mais encore ils approuvent ceux qui agissent de même. Qui que tu sois, homme, toi qui juges, tu es donc inexcusable. En effet, en jugeant les autres tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges tu agis comme eux. Nous savons que le jugement de Dieu contre ceux qui agissent ainsi est conforme à la vérité. Et penses-tu, toi qui juges les auteurs de tels actes et qui les fais aussi, que tu échapperas au jugement de Dieu? Ou méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa générosité en ne reconnaissant pas que la bonté de Dieu te pousse à changer d’attitude? Par ton endurcissement et ton refus de te repentir, tu t’amasses un trésor de colère pour le jour où Dieu révélera sa colère et son juste jugement. Il traitera chacun conformément à ses actes: à ceux qui, par leur persévérance à faire le bien, recherchent l’honneur, la gloire et l’incorruptibilité, il donnera la vie éternelle; mais il réserve son indignation et sa colère à ceux qui, par esprit de révolte, rejettent la vérité et obéissent à l’injustice. La détresse et l’angoisse atteindront tout être humain qui fait le mal, le Juif d’abord, mais aussi le non-Juif. La gloire, l’honneur et la paix seront pour tout homme qui fait le bien, le Juif d’abord, mais aussi le non-Juif, car devant Dieu il n’y a pas de favoritisme. » (Romains 1.18 à 2.11)

Est-ce que la bible présente les incroyants comme des pauvres victimes? Non. Tous rejettent Dieu. Qu’on l’ait rationalisé ou non, c’est un choix quand même. Et comme c’est un libre choix, on en est responsable. Afin de faire sans aucune restreinte ce que leurs coeurs désirent, ils rejettent leur créateur et leur juge. Ils choisissent volontairement, contrairement à ce que Schellenberg affirme, d’ignorer les preuves évidentes de l’existence de Dieu. Dieu n’est donc pas caché du tout. C’est les gens qui se retirent eux-mêmes complètement de la relation avec lui en faisant comme s’il n’existait pas. Ils se trompent eux-mêmes en se convainquant de l’inexistence de Dieu. De cette manière, ils vivent leur vie comme bon leur semble. Ils prennent la place de Dieu en se dictant eux-mêmes ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. Étant donné que Schellenberg reconnaît lui-même que certaines personnes font ça, alors je n’ai aucune idée pourquoi il n’a pas réussi à conclure que tous le font. À part qu’il ne veuille pas voir la vérité lui-même, bien entendu.

Libre de choisir ce qu’on pense et ce qu’on croit

Philosophiquement, cette position se nomme le volontarisme doxastique direct. En grec, « Doxa », signifie « croyance » et « volontarisme » signifie « par notre volonté ». C’est la position selon laquelle on peut choisir ce que l’on croit directement. C’est-à-dire qu’on peut choisir de croire ou non une propostion par notre simple force de volonté. Une proposition, on se souvient, est une idée/croyance quelconque qu’on peut partager aux autres par le langage. Beaucoup rejette le volontarisme doxastique direct dans le domaine académique, à ce que j’ai pu voir, et ce même parmi les Chrétiens… Pourtant, comme je vais le démontrer, notre expérience à tous nous indique clairement que cette perspective est vraie.

La position plus populaire est le volontarisme doxastique indirect. On peut, dans une mesure limitée, contrôler nos croyances en choisissant de poser des actions changeant indirectement nos croyances. Par exemple, une personne peut chercher ou non des preuves pour vérifier ou falsifier une proposition quelconque. Mais confrontés aux faits, on se doit de croire. La vérité va s’imposer à nous nécessairement. De même, sans aucune preuve, on ne peut pas choisir de croire une proposition. Donc sans preuves indéniablement évidentes et claires pour tous, on ne peut pas croire en Dieu, car c’est hors de notre contrôle.

Je suis d’accord sur le fait qu’on ne peut pas choisir de croire à quelque chose pour aucune raison. Toutefois, on peut rejeter la vérité même en la regardant en pleine face pour des motifs qui nous sont propres. On va volontairement ignorer des preuves menant à une conclusion qui ne nous plaît pas. De même, on peut croire une proposition simplement parce que ses implications nous conviennent. Sans aucun motif en effet, c’est impossible. Par exemple, si je vous propose de croire au père Noël, là maintenant, pouvez-vous le faire? Non? Bin voilà! Ma position est erronée alors! C’est véritablement ce genre d’objection que j’ai trouvé contre le volontarisme doxastique direct… Ok. Choisissez d’aller escalader le mont Everest maintenant! Allez! Vous ne pouvez pas? Bin voilà! Le libre-arbitre n’existe pas alors! Vous ne choisissez pas vos actions! Mais quel raisonnement d’enfant de cinq ans…

Pourquoi les enfants croient-ils au père Noël alors? Parce qu’ils font confiance aux adultes qui leur disent qu’il existe. On leur dit à l’école, à la télé et à la maison. Il ne suspectent pas de mensonges, à moins de remarquer par eux-mêmes la supercherie et de commencer à poser des questions, réfléchir et faire des recherches. Peut-être un autre enfant leur apprendra ou alors un adulte leur dira finalement la vérité. Est-ce que ça prouve quoi que ce soit? Oui, que les enfants sont naïfs. Ils auraient pu rester sceptiques toutefois. Demander des preuves. Étaient-ils obligés de croire au père Noël? Non. Mais choisir de faire confiance aux adultes qui eux savent tout beaucoup mieux que les enfants, surtout si c’est nos parents, n’était pas un choix irrationnel. On ne s’attend pas à ce qu’ils nous mentent. C’était donc un choix facile et évident. En plus, c’est une croyance bien plaisante, associée à un moment de l’année plein de réjouissances. Donc il y avait un intérêt significatif à y croire en plus. Avec l’expérience, on peut apprendre à être moins naïf, plus sceptique, et à avoir des barèmes plus fiables pour évaluer la véracité d’une idée. Certains enfants sûrement n’y croient pas aussi facilement. Moi-même je n’en étais pas complètement convaincu.

Voici des exemples concrets prouvant qu’on peut choisir nos croyances directement. On fait des choix entre autres par prudence, basés sur leurs conséquences. On recherche ce qu’il y a de meilleur à croire pour nous. Imaginez que vous venez de partir en voiture pour aller en vacances pendant deux semaines à Old Orchard Beach. Vous êtes québécois, vous aimez cet endroit et on peut s’y rendre en voiture en quelques heures. Après une heure et demie sur la route, vous n’êtes plus certain d’avoir bien barré votre porte d’entrée… Que faites-vous? Entretenez-vous cette incertitude ou choisissez-vous de vous faire confiance et de vous dire qu’elle est sûrement barrée? Le choix le plus sensé serait de vous faire confiance. Après tout, vous la barrez habituellement, donc c’est un geste automatique, mais, surtout, vous n’avez aucune envie de faire demi-tour et d’avoir gaspillé trois heures de votre vie en ce début de vacances pour vérifier si la porte est bel et bien barrée ou non. Et que penseraient les voisins? D’un autre côté, c’est déjà arrivé d’oublier de la barrer. Vous ne vous rappelez pas de l’avoir barrée. Mais vous choisissez de le croire. Auriez-vous pu choisir de croire qu’elle n’était pas barrée et faire demi-tour? Évidemment. Donc on a une preuve ici en faveur de ma position. Peut-être que quelqu’un aillant plus d’anxiété ou s’étant déjà fait volé aurait choisi autrement. Il y a une chance sur deux qu’elle soit barrée, en réalité.

Considérez encore le cas d’un patient souffrant du cancer et ayant entendu dire que le fait de croire qu’on va guérir, par la pensée positive, augmente en effet nos chances de guérir. Désirant vivre et mettre toutes les chances de son côté, il décide volontairement de le croire. Aurait-il pu choisir de ne pas le croire? Bien sûr. J’ai moi-même usé de cette méthode lorsque j’ai eu ma greffe de moelle osseusse.

Une autre situation est celle d’une femme qui va faire une présentation publique extrêmement importante pour sa carrière et qui a absolument besoin d’un livre qu’elle a laissé chez elle. Le matin, avant de partir de la maison, elle a demandé à son mari de lui amener le livre avant sa présentation. Supposons qu’il y a une bonne raison pour qu’elle n’ait pas amené le livre elle-même et qu’elle ne soit pas en mesure de contacter son mari d’ici le début de sa présentation (disons que ça se passe avant les cellulaires). Durant la journée, elle s’inquiète qu’il oublie de le faire, ayant déjà oublié des choses dans le passé. Mais puisqu’elle ne désire pas s’inquiéter toute la journée, elle choisit de lui faire confiance et de croire qu’il ne l’oubliera pas. Cette histoire est-elle impossible? Je ne vois vraiment pas pourquoi.

Un dernier exemple: une femme se retrouve dans une relation amoureuse abusive où son partenaire la maltraite en étant verbalement et physiquement violent avec elle. Évidemment, il n’est pas toujours comme ça. Aussi, il s’excuse toujours après ses accès de colère et promet qu’il ne recommencera plus, qu’il va changer. Pourtant, les comportements continuent et le temps passe. La fille demeure dans la relation et continue d’espérer pour le mieux et de croire son copain. Pourquoi?  Disons qu’elle n’a jamais connu une relation plus saine avec un homme, qu’elle se sent tout-de-même aimée et désirée dans cette relation et qu’elle ne veut pas finir toute seule. Est-ce que sa croyance est rationnellement justifiée? Non. Il ne cherche pas d’aide et n’arrive de toute évidence pas à changer ses comportements par lui-même. Est-elle obligée de le croire? Est-ce que la réalité s’impose à elle, comme Schellenberg dit? Bien sûr que non. Elle est simplement irrationnelle. Ses émotions guident ses choix et non sa raison. Elle pourrait choisir de faire face à la dure réalité : elle n’est pas dans une relation amoureuse saine pour elle. Mais dû aux motifs qui sont les siens, elle choisit autrement. Peu importe que nos motifs soient raisonnables ou non, on a le pouvoir de choisir nos croyances comme nos actions.

D’ailleurs, lors de mon cours de psychologie au cégep, j’ai appris l’existence des biais cognitifs. Ce sont des erreurs de raisonnements dû à des motifs irrationnels. Le biais de confirmation consiste à porter notre attention sur les informations et preuves qui confirment nos croyances et à ignorer celles qui les contredisent. La personne sélectionne arbitrairement ses raisons pour croire ce qu’elle croit, que ce soit logique et justifié ou non. Ce n’est donc pas les preuves qui l’amènent à croire quelque chose, mais bien sa volonté.

Le déterminisme et la rationalité 

De plus, comme je l’ai mentionné dans mon article « l’argument de la vérité« , nous avons des devoirs épistemiques (intellectuels). Quand on dit « on devrait croire ou non quelque chose sur telle base », on sous-entend un devoir épistémique. Par exemple, « on devrait demeurer sceptique face à une proposition à moins d’avoir suffisamment de preuve pour la croire ». Nous reconnaissons avoir ce genre de devoir épistémique, donc nous pouvons choisir nos croyances. En effet, devoir implique pouvoir. Si on ne peut pas le faire, alors c’est absurde de dire qu’on devrait. Et le fait qu’on reconnaisse pouvoir se tromper et avoir dû mieux penser ou mieux croire à un moment ou un autre de nos vies, sous-entend encore qu’on peut choisir comment penser et quoi croire. Si on n’a pas le choix, alors nos raisonnements et nos croyances sont déterminés et donc hors de notre contrôle. Le déterminisme est la croyance comme quoi tout effet est le résultat nécessaire et inévitable de sa cause. Nos croyances seraient alors déterminées par notre environnement et nos gènes, par exemple, et non par des choix libres dû à notre volonté. Il n’y aurait pas plusieurs choix possibles, mais bien un seul en tout temps.

Distinguer qu’on puisse être rationnel ou irrationnel sous-entend une notion de responsabilité et donc de contrôle. « cette personne ne pense pas correctement ». Si c’est hors de notre contrôle, alors penser correctement ou incorrectement est une distinction vide de sens, car on croit ce que l’on croit. Point. Évaluer des preuves est donc insensé. Si ça ne dépend pas de nous, alors ou bien les preuves nous convainquent ou bien non. On ne peut pas bien les évaluer ou mal les évaluer, si ce n’est pas notre responsabilité. Étant donné que les gens croient n’importe quoi, qu’est-ce qui les convainc au-delà de toute résistance de croire à quelque chose plus qu’une autre? Si on n’a pas le libre choix de nos croyances alors les mensonges autant que la vérité sont déterminés. Ça ne serait donc pas seulement la vérité qui s’imposerait aux gens.

Pour revenir à mes exemples, si je vous proposais de vous donner 50 millions de dollars pour aller escalader le mont Everest, est-ce que vous le feriez maintenant? Les chances sont que oui, à moins de ne pas pouvoir le faire dû à un handicap ou à être déjà riche. Et si je vous propose de croire dans le père Noël? Vous ne pourriez pas? Croire en quelque chose qui est évidemment faux, constitut une faute intellectuelle tout aussi évidente. Pour une personne pour qui c’est important, ça ne serait pas envisageable. Sans compter que vous auriez sûrement du mal à vous respecter vous-mêmes et à être respecté des autres en professant de le croire. Pourtant, on proposerait la même offre à un enfant, « croit que le père Noël existe et il viendra te porter tous les cadeaux que tu veux » et il va le croire avec plaisir. La personne a besoin de vouloir y croire et que ça lui paraisse un tant soit peu crédible et possible. Tout comme pour le mont Everest, je n’ai clairement pas 50 millions de dollars en ma possession… Allez-vous vraiment risquer votre vie, investir du temps et de l’argent à faire quelque chose dont vous n’aviez même pas envie avant mon offre? J’en doute. Donc on ne croira pas quelque chose qui nous semble évidemment faux car tout gain potentiel nous apparaîtra comme évidemment impossible. Mais il y a des gens prêt à croire presque n’importe quoi. C’est pour ça qu’il y a plein de sectes, de religions, de mythes, de théories du complot et de superstitions. C’est pour ça que le solipsisme existe (la croyance que seule la conscience du solipsiste existe et que le reste de la réalité ainsi que les autres personnes sont le produit de son imagination). De plus, une meilleure analogie serait que je vous propose un million de dollars pour tuer quelqu’un. Si faire le bien est important pour vous, alors vous ne le ferez pas. De même, si croire la vérité est important pour vous, alors vous ne croirez pas une évidente fausseté ou une proposition injustifiée. Il peut y avoir des exceptions, bien entendu, comme avoir 50% de chances que ce soit vrai ou faux, être dans l’impossibilité d’être plus sûr et que de croire l’un plutôt que l’autre va amener un gain considérable. C’est un choix prudent. Il y a des exceptions aussi avec la moralité, comme pour enlever une vie humaine. J’en discuterai ailleurs.

L’attitude que nous allons choisir à adopter face à une proposition influencera notre positionnement intellectuel face à cette proposition. Ce n’est donc pas une question d’avoir suffisamment ou non de preuves pour une croyance. C’est une question de vouloir ou non y croire. C’est pour ça qu’on peut être justifié ou injustifié rationnellement dans ce que l’on croit. Avoir fait de bons choix épistémiques en s’assurant de la justesse de ce que l’on croit et des raisons qu’on a pour y croire équivaut à être justifié. On peut être honnête ou malhonnête intellectuellement.

L’argument de Schellenberg échoue donc son entreprise. Dieu peut choisir de se révéler plus ou moins clairement à une personne, mais nul n’est justifié de croire qu’il n’existe pas. Peut-être ils ne croient pas en son existence, mais ils sont injustifiés rationnellement d’affirmer qu’il n’existe pas. Ils choisissent de croire qu’il n’existe pas. Il faut comprendre que nous partons désavantagés intellectuellement, nous ayant trompé nous-mêmes pendant des années. Corriger les erreurs dans nos croyances va demander du travail. C’est pourquoi des réflexions et recherches peuvent être nécessaires pour bien voir la vérité et bien la saisir, comme ça a été le cas pour moi.

Réponses supplémentaires aux objections de Schellenberg 

Qu’en est-il de l’incroyance à l’échelle culturelle? Les gens prennent des décisions tout en étant influencés par les autres. Une culture se développe au fil du temps et à travers beaucoup de gens. Comme pour le père Noël, on peut croire une fausseté et avoir l’impression qu’elle est vraie basée sur le témoignage des autres. « Puisque tout le monde croit ça, ça doit être vrai ». La pensée critique est importante pour cette raison. Que beaucoup de gens géographiquement réunis prennent des décisions semblables n’a rien d’extravagant dans un monde contenant un Dieu parfaitement aimant. Ils n’en sont pas moins libres ni moins responsables. Qui les obligent à penser comme les autres de leur culture? Schellenberg lui-même reconnaît que ça ne sera pas nécessairement facile et rapide de croire en Dieu. En effet, aller à l’encontre de ce que sa culture, ses amis et ses parents pensent peut être très difficile. Et ça peut prendre du temps. Mais ça n’en est pas moins la bonne chose à faire, si c’est pour obtenir la vérité et corriger des mensonges qu’on croit. Tout le monde ne peut pas avoir raison, donc il faut s’assurer qu’on ne se trompe pas soi-même et si c’est le cas, alors changer nos croyances pour mieux. C’est particulièrement important ici puisque c’est une question de vie ou de mort. 

En ce qui concerne les personnes ayant déjà cru en Dieu mais ayant abandonné leur foi supposément à cause des preuves qu’ils ont trouvées, rien n’indique que c’est la faute de Dieu, mis-à-part la présupposition de Schellenberg que c’est le cas. Peut-être ont-ils mal évalué les preuves et les arguments? Peut-être n’ont-ils pas assez cherché? Peut-être que ça les arrangeait de rejeter la foi? Moi je pense qu’ils ont simplement mis leur confiance au mauvais endroit. Ils se sont laissés berner. L’athéisme est injustifié rationnellement. Une personne pourrait abandonner le christianisme, mais ne serait quand même pas justifiée de devenir athée. Les preuves pour le théisme sont insurpassables. Moi, j’ai évalué les preuves et j’ai découvert que Dieu existe. J’avais déjà mis ma foi en lui avant, dû à des raisons prudentes, et mon expérience depuis n’a que confirmée la véracité de ma position. J’avais demandé à Dieu au début de ma foi qu’il se révèle à moi et il l’a fait. Pas selon mes termes, mais selon les siens. Je l’ai connu rationnellement et personnellement. Dieu est vraiment une personne merveilleuse! Donc je rejette l’argument du silence.

De plus, Dieu s’est révélé à nous par toutes sortes de miracles à travers l’histoire et aujourd’hui encore. Le plus grand est celui de Jésus, Dieu fait homme, qui a marché parmi nous. Il était parfait, a enseigné sur Dieu et la vérité, sur la vie éternelle et le pardon des péchés, il est mort pour nous sauver et est finalement ressuscité et monté au ciel. Les chrétiens, depuis Jésus, invitent les incroyants à changer d’attitude, comme Paul l’a dit plus haut. Eux-mêmes ont reçu cette invitation d’un autre et l’ont acceptée. Dieu recherche cette relation personnelle avec tous. C’est à nous d’y répondre librement, car il ne s’impose pas à nous. Dieu nous aime vraiment. Vous n’êtes pas certains qu’il existe? Demandez-lui qu’il se révèle à vous. Cherchez, persévérez et soyez patients. Soyez attentifs aussi. Pour connaître Dieu, il faut d’abord réaliser qu’on est son ennemi. Nous avons hérité d’une maladie spirituelle de nos ancêtres, la maladie du péché, nous poussant à nous rebeller contre Dieu. Dieu est là pour nous aider toutefois. Pour nous sauver. Si vous êtes en train de me lire, alors il n’est pas trop tard pour vous. Demandez-vous: qu’est-ce qui vous empêche de croire, à part votre volonté? Si vous aimez vraiment la vérité, alors évaluez les faits objectivement. Je tente de mon mieux de les présenter sur mon blog. Ensuite, vivez en conséquence.

En tant que chrétien, on doit respecter la décision des gens face à la vérité qu’on leur partage, car c’est ce que Dieu veut. On n’a pas à être d’accord avec les croyances et agissements des incroyants qui vont à l’encontre de Dieu, mais on doit les respecter en tant que personnes faites à son image.

Pour ceux qui ont demandé à Dieu qu’il se révèle à eux, il vient de le faire et il le fait à tous les jours. Je vous témoigne qu’il existe et qu’il veut être en relation avec vous. Mais ce n’est pas à Dieu de faire tout le travail. Il fait le premier pas, mais il vous faut faire le second.

« Demandez et l’on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira. En effet, toute personne qui demande reçoit, celui qui cherche trouve et l’on ouvre à celui qui frappe. Qui parmi vous donnera une pierre à son fils, s’il lui demande du pain? Ou s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent? Si donc, mauvais comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, votre Père céleste donnera d’autant plus volontiers de bonnes choses à ceux qui les lui demandent. » (Matthieu 7.7-11)

Sources :

https://infidels.org/library/modern/john_schellenberg/hidden.html

https://plato.stanford.edu/entries/divine-hiddenness/#ArguNonrNonb

https://www.iep.utm.edu/doxa-vol/

https://plato.stanford.edu/entries/ethics-belief/#DoxNor

Schellenberg présentant son argument à travers quelques courtes vidéos :