L’homme moderne ne se soucie pas d’où il vient ni d’où il va.
Tel le virevoltant dans le désert, il erre çà et là.
S’imaginant que l’univers du néant est sorti,
Il croit qu’il n’a pas de raison d’être ici.
Telle de la poussière dans le vent,
Qui se dissipe en un moment,
Il conçoit sa vie comme n’étant qu’un accident.
Confronter à son triste sort et évaluant ses options,
Il raisonne en lui-même de cette façon :
« Si je ne suis que poussière et vent,
Et cela sorti du néant,
Tout ce que je fais est donc insignifiant.
Que ce soit être bon ou être méchant,
Servir les autres ou perdre mon temps,
Être joyeux ou souffrir,
Ou encore vivre ou mourir :
Je ne peux rien accomplir.
Tout se terminera dans la destruction,
Peu importe mes actions.
Le soleil va éclater et la Terre être emportée;
Les étoiles s’éteindre et tout plonger dans l’obscurité.
Tout mouvement va s’arrêter,
L’énergie s’étant épuisée.
Et lorsque viendra la fin de cette épopée,
Que se sera-t-il vraiment passé?
De part et d’autre des atomes se seront déplacés,
Mais qu’est-ce que cela peut bien signifier?
L’homme repu de jours comme l’enfant nouveau-né,
Les pissenlits ne feront d’eux qu’une bouchée.
Qu’on pense à Bill Gates ou le mendiant du quartier,
Les deux vont finir décomposés.
Qu’on ne soit personne ou encore président,
C’est le cimetière à eux tous qui les attend!
Le chemin menant vers cette funèbre destination,
Est lui-même escarpé et rempli de malédictions.
C’est à se demander pourquoi continuer,
Quand de tout cela on ne peut rien retirer.
En ce monde on ne trouvera donc que la désolation,
Alors ne cherchons pas trop par crainte de la déception.
Si seulement ne régnaient pas que l’indifférence et le froid,
Dans cet univers qu’on ne connait à peu près pas,
Peut-être le destin aurait plus à m’offrir,
Que l’espoir certain d’un jour pourrir!
Mais hélas, ce n’est pas le cas.
Ma vie ne vaut pas plus que celle du rat :
La différence ne résidant que dans la quantité,
D’atomes qui y sont assemblés.
Allez! C’en est assez!
J’aimerais mieux aller m’amuser.
En effet, y a-t-il ici une plus digne activité,
Que ces soucis ne serait-ce qu’un instant oublier? »
Et comme si jamais il n’avait réfléchi,
L’homme moderne oublie tout ce qu’il s’est dit.
Acceptant son lot d’un cœur résigné,
Il ne cherche pas à s’en sauver.
Il retourne plutôt à sa vie en feignant l’ignorance,
Et agissant comme si elle ne manquait pas de consistance :
Il essaie de pratiquer le bien,
Et d’espérer dans le lendemain.
Il fait des enfants en ne pensant pas à la fin.
Après tout, peut-être s’est-il trompé?
Mais pourvu qu’il ne faut pas trop chercher!
-Jean-Sébastien