Étiquettes

, , , , , , ,

Faisant suite à l’argument de Plantinga contre le naturalisme, j’argumenterai ici en faveur d’une source qui explique bien nos facultés rationnelles.

Un argument simple pourrait être fait, comme celui-ci:

1. Si nos facultés rationnelles ne proviennent pas d’un être rationnel, alors ces facultés ne sont pas fiables.

2. Elles sont fiables.

C. Nos facultés rationnelles proviennent donc d’un être rationnel.

Évidemment, cet argument présuppose déjà que nos facultés rationnelles sont fiables, car je les utilise pour concevoir l’argument et vous pour le comprendre. C’est ce qu’on fait avec chacun de nos raisonnements. Cela démontre en effet qu’on n’échappe pas aux principes de la logique. On a vu dans l’argument contre le naturalisme qu’un monde impersonnel et sans intelligence peut difficilement concevoir de la vie intelligente. La raison est une chose que seulement des êtres dotés de facultés rationnelles fiables peuvent utiliser. Il est donc sensé que la raison vienne d’une source qui possède elle-même la raison.

Je veux toutefois me concentrer sur un autre argument qui est dans le même ordre d’idée.

1. Si un être transcendant, omniscient, conscient, personnel et éternel n’existe pas, alors la vérité n’existe pas.

2. La vérité existe.

C. Un être transcendant, omniscient, conscient, personnel et éternel existe.

Explications

Je vais commencer par définir mes termes.

Proposition : en philosophie, c’est l’expression d’une idée en paroles qui peut ensuite être évaluée comme étant vraie ou fausse. Le langage utilisé n’est pas important. C’est le contenu véhiculé, le sens derrière les paroles, qui importe. Par exemple, « The sun is shining » est égal à « Le soleil brille ».

La vérité est ce qu’on appelle la relation qu’il y a entre une proposition et la réalité. Si la proposition est conforme à la réalité, alors il y a vérité. C’est ce qu’on appelle « la théorie de la correspondance ». C’est la conception commune et intuitive de la vérité. Par exemple, la proposition « le capitole des États-Unis à Washington est blanc » est vraie si et seulement si il y a un capitole américain à Washington qui est blanc.

Défendons maintenant les prémisses.

En quoi la vérité dépend-t-elle d’un être transcendant, omniscient, conscient, personnel et éternel pour exister?

Intelligence et intelligibilité

Puisque la vérité est la relation qui existe entre une proposition et la réalité, qu’une proposition est une idée exprimée et que les idées ne peuvent résider que dans un esprit conscient et personnel, alors il faut que l’origine de son existence soit elle aussi consciente et personnelle. Toutefois, la vérité en soi ne dépend pas des humains pour exister. La réalité et ses attributs ne changent pas par l’existence ou l’inexistence de l’homme. Nous ne faisons que constater les choses, constater comment le monde est. Le fait que nous découvrions comment les choses sont, plutôt que de se les inventer, démontre que la vérité (la bonne perception du monde) existe et cela indépendamment de nous. Nous ne déterminons pas ce qui est vrai ou ce qui existe. On ne peut, au mieux, que constater la bonne manière d’interpréter les choses et l’agréer. Tout comme c’est le cas avec la moralité, il n’y a pas de propositions existant sous forme de concepts abstraits et flottant quelque part dans l’univers. Et nous, humains, serions comme par hasard capables de saisir ces concepts. L’idée-même est absurde. Énoncée différemment, s’il y a une bonne manière d’interpréter la réalité mais que celle-ci est fondamentalement impersonnelle et matérielle, donc sans intelligence, alors quel miracle que nous puissions tout bonnement comme ça l’interpréter correctement! En fait, il ne serait même pas impossible de savoir si nous l’interprétons correctement. En effet, qu’est-ce qui nous permettrait de croire qu’on n’est pas seulement un ver de terre rampant dans la boue quelque part et s’imaginant toutes sortes d’aventures humaines? Dans un univers n’étant pas fait pour être connu par des êtres intelligents comme nous et ne nous ayant pas produit dans le but de le connaître correctement : rien. Rien ne pourrait être connu objectivement d’un tel univers. La perception de la vérité résiderait uniquement dans des esprits humains. Elle serait donc un phénomène dépendant de nous. Il n’y aurait pas de raison de croire que la réalité telle qu’on la connaît existe au-delà de notre imagination, mis-à-part notre forte intuition que c’est le cas. Quand on va prendre une marche dans un parc, il nous semble que marcher est un phénomène réel, que des humains comme nous peuvent faire, et que les parcs, dans le sens usuel du mot, existent vraiment. Acceptons cette intuition, faute de moyens de la réfuter et étant elle-même très convaincante, comme je l’ai expliqué dans mon article sur le scepticisme.

Le monde est bien tel qu’il nous semble être, malgré des erreurs d’interprétations occasionnelles que nous pouvons corriger par une bonne investigation et de bons raisonnements. C’est d’ailleurs le grand projet de la science moderne. L’existence de Dieu nous assure une fondation fiable pour la validité de notre expérience de la réalité, contrairement à un univers aveugle qui produit des êtres vivants ayant seulement l’impression de penser correctement et de percevoir et comprendre exactement leur environnement, alors que ce n’est pas nécessairement le cas. C’est pourquoi j’en conclu qu’on ne dissocie pas la vérité d’un esprit conscient et personnel et que la source de la vérité doit transcender l’humanité, puisque l’humanité n’en est évidemment pas la source. Ceux adhérant aux principes de la science moderne, outre le biais injustifié de certains contre le surnaturel et plus particulièrement contre l’existence Dieu, ne devraient pas avoir de difficulté à conclure comme moi.  

Professer que l’humanité est la source de la vérité est ce qui nous apporte au relativisme, qui est insensé et intenable, comme j’en parle dans l’article portant son nom. Tout un chacun pourrait s’imaginer la réalité comme il veut et sa conception serait légitime, puisqu’aucune conception particulière ne serait exacte ou inexacte dans une réalité étant ultimement impersonnelle et donc sans interprétation objective ni normative. Il est simple de réfuter le relativisme: si quelqu’un affirme « la vérité n’existe pas », alors est-ce cela vrai? Hé bien non. Affirmer le relativisme est le nier à la fois. Ou encore si quelqu’un dit « La réalité est ce que tout un chacun s’imagine qu’elle est ». Et moi de répondre, « pourquoi me fierais-je à ton imagination? Tu vis dans ton monde et moi dans le mien, non? ». Si on prenait vraiment sérieusement une telle personne, alors on ne pourrait que conclure que cette vérité s’applique pour elle uniquement. Pourtant, parler de la sorte est parler d’une réalité qui transcende l’individu et qui s’applique à tout le monde. C’est donc affirmer une vérité objective, ce qui signifie une réalité objective, donc c’est affirmer une contradiction logique. En plus, l’affirmation est un raisonnement circulaire. Comment la personne arrive-t-elle à la conclusion que la vérité est relative? « Je peux déterminer ce qui est vrai parce que la vérité n’existe que dans mon esprit. » Est-ce que tu ne viens pas de déterminer ça avec ton esprit? Ça en revient à dire : « Je peux déterminer ce qui est vrai parce que ce qui est vrai est déterminé par mon esprit. » ou plus explicitement : « Je détermine ce qui est vrai parce que je détermine ce qui est vrai. » C’est une affirmation vide de sens. D’autre part, le relativiste pourrait faire appel aux désaccords qui existent comme raison. Qu’il y ait des désaccords ne prouvent aucunement qu’il n’y a personne qui puisse avoir raison… Les gens affirmant des propositions contradictoires ne peuvent pas tous avoir raison en même temps, ça c’est vrai. Toutefois, cela n’exclut pas qu’il existe une bonne position, connue ou inconnue. Même le relativiste suppose que sa vision des faits est la bonne. La prochaine étape pour tenter d’être cohérent serait de dire que toute l’humanité s’imagine la même réalité. Mais si on se l’invente, rien ne nous empêche de nous inventer notre propre réalité subjectivement, indépendamment des autres. Tout cela contredisant complètement notre expérience humaine de ce qu’est la réalité, c’est-à-dire ne dépendant pas de nous mais étant découverte. Si la personne nie aussi les lois de la logique, alors il n’y a plus aucun moyen de communiquer rationnellement avec cette personne. Elle est prisonnière de son propre monde d’illusions. De toute manière, le relativiste nie posséder une quelconque vérité qui puisse s’appliquer aux autres. En effet, il admet lui-même qu’il n’a pas la vérité et que ce qu’il croit n’est pas vrai, objectivement parlant, donc c’est une perte de temps de débattre avec lui pour cette raison. On peut rejeter d’emblée tout ce que le relativiste a à dire sans aucune gêne. 

La vérité est normative

De plus, au-delà de l’aspect descriptif de la vérité, il y a l’aspect normatif. On a le devoir intellectuel de s’assurer que ce que l’on croit est vrai. La vérité demande à être connue. On ne félicite pas quelqu’un qui est dans l’erreur, on le corrige. Connaître la vérité est un bien et être dans l’erreur est un mal. D’un côté, on peut dire que c’est un bien en soi, et d’un autre, que c’est un bien utilitaire. Difficile de vivre la vie en ne dissociant pas erreur et fait. Le feu de signalisation est-il rouge ou vert? Est-ce que rouge veut dire stop ou go? Cet ours grogne-t-il en me regardant les dents sorties parce qu’il veut que je le flatte ou parce qu’il veut me tuer? Si on ne différenciait rien, on mourrait assez rapidement. De plus, voir les choses pour ce qu’elles sont vraiment et les comprendre nous permet d’améliorer notre maîtrise de notre environnement et donc de favoriser notre bien-être, comme la médecine et la science s’efforcent généralement à faire. Mais quel est le standard objectif de la vérité qui détermine comment nous devons voir le monde? Où réside ultimement cette bonne perception et compréhension du monde? Et pourquoi s’impose-t-elle à nous? La source de toute vérité doit être une autorité pour nous. Elle doit détenir l’ensemble de ce qui peut être pensé et connu, l’ensemble des vraies propositions, car la connaissance des faits doit résider quelque part. Or, la connaissance ne peut résider que dans un esprit. Certaines vérités dépendent de l’existence du monde physique, comme l’existence des parcs et des gens qui peuvent y marcher, alors que d’autres sont des principes logiques incontournables. Par exemple, le principe de non-contradiction qui stipule que deux propositions mutuellement exclusives ne peuvent toutes deux être vraies. Par exemple, les propositions « Dieu existe » et « Dieu n’existe pas » sont mutuellement exclusives, donc les deux ne peuvent être vraies en même temps. La loi excluant un milieu, elle, dit que soit une proposition ou sa négation est vraie. Donc soit Dieu existe ou soit il n’existe pas. C’est l’un ou l’autre qui est vrai. Il en est de même pour les procédés logiques de déduction. Par exemple, le syllogisme suivant : « 1. Tous les hommes sont mortels. 2. Socrates est un homme. C. Socrates est donc mortel. » On déduit la conclusion des deux prémisses la précédant. Il est évident que si Socrates fait partie du groupe « hommes », alors ce qui applique à ce groupe s’applique à lui aussi. La science elle-même opère fondamentalement par ces principes et ne saurait s’en passer. Ne pas respecter ces principes signifie réfléchir de manière irrationnelle. D’ailleurs, ce qu’on appelle des raisonnements fallacieux est l’ensemble des raisonnements qui ne sont pas logiques. On peut en voir des listes sur Wikipédia (https://en.m.wikipedia.org/wiki/List_of_fallacies) ou encore ce site bien illustré (https://yourlogicalfallacyis.com/) et sur bien d’autres. Pour ces raisons, en plus de devoir s’assurer soi-même de la véracité de nos croyances, on a aussi la responsabilité morale de s’assurer de la véracité des croyances et idées que nous affirmons et partageons aux autres. Autrement dit, on se doit d’être honnête et cela implique de s’assurer de l’exactitude de ce qu’on partage.

Pourquoi est-ce incorrect de raisonner tout croche? C’est parce qu’il y a une bonne manière de le faire et qu’elle est qualitativement la meilleure. De même, il y a une bonne manière de percevoir et de concevoir le monde. On sait cela intuitivement, comme pour la moralité. Pourtant, si nos facultés se sont développées sans aide intelligente, pourquoi y a-t-il une bonne manière de raisonner et de connaître la réalité? Pourquoi est-ce normatif ainsi? Si la réalité est ultimement sans intelligence, alors il n’y a pas de bonne ou mauvaise manière de penser ni de bonne ou mauvaise manière de connaître le monde. Ça ne serait qu’une illusion. Convaincante, mais fausse (ironiquement). Donc aucune vérité logique ou factuelle n’existerait objectivement. Quiconque aimant la science devrait être révolté par cette idée! Si la vérité n’est pas normative, alors il n’y a pas de bonne interprétation de la réalité, mais simplement des interprétations. Nous sommes donc laissés au relativisme et au pluralisme. Pense et croit n’importe quoi et n’importe comment. C’est correct. C’est ce que ça signifie. C’est la conséquence logique du naturalisme. Le naturalisme est fondamentalement irrationnel. Il ne peut pas être vrai; ça lui est impossible.

De plus, on ne peut nier l’existence de la vérité sans l’affirmer en même temps. Par exemple, en disant « la vérité n’est pas normative. » Est-ce que c’est vrai? Suis-je moralement obligé d’être d’accord avec cette proposition? On ne peut échapper aux faits.

L’ensemble des connaissances de cet être est notre norme dû au fait que tout ce que nous connaissons et qui peut être connu provient de lui. Pour affirmer que notre perception et notre compréhension correspondent à la réalité, c’est-à-dire que nous l’interprétons bien, implique de se conformer à l’interprétation qui est bonne objectivement. Cette bonne interprétation est exemplifiée en Dieu.

Conscient

Pourquoi doit-il être conscient? Pourquoi n’avons-nous pas à faire à un ordinateur ou une encyclopédie cosmique? Seul un être pensant peut connaître quoi que ce soit. Un livre ne connaît rien. Un ordinateur ne connaît rien. Ces choses contiennent des informations qui peuvent être déchiffrées par des êtres pensants comme nous. La vérité, comme la moralité, fait partie du registre des expériences humaines. On perçoit ces choses, on les expérimente. Il faut donc une référence tout aussi capable sinon plus de percevoir et expérimenter ces phénomènes.

Éternel

Pourquoi est-ce que la conception de Dieu importe plus que la nôtre? En quoi est-ce moins relatif que notre conception à nous sans lui? Nous avons besoin d’une origine ultime, d’un fondement absolu, d’un repère immuable pour expliquer l’existence de la bonne manière de voir les choses. L’existence de la vérité sous-entend l’existence d’un esprit, comme nous l’avons vu. Cet esprit ne doit pas avoir de commencement et doit exister nécessairement. Comme c’est le cas pour la valeur de la vie humaine et la moralité objective, si un être comme celui à l’origine de la vérité pouvait commencer à exister, alors potentiellement d’autres semblables à lui le pourraient. Dans ce cas, il n’y aurait plus nécessairement une seule bonne perspective sur la réalité, contrairement à ce que nous expérimentons. Nous ferions alors face à un pluralisme et à un relativisme divin. De plus, il ne serait pas la cause ultime de la vérité. Sa cause serait la cause ultime et c’est justement l’explication ultime que nous recherchons. Puisque du néant rien ne provient, alors il doit toujours y avoir eu quelque chose. Quelque chose existe nécessairement. De plus, une infinité de causes signifierait aucune cause première, donc aucune chaîne causale; ce qui fait que rien n’existerait. Cet être doit donc être incréé et la source de toute chose créée. Il y a donc une source ultime, éternelle et existant nécessairement. Cet être est donc nécessairement éternel.

Nous avons donc un être transcendant, omniscient, conscient, personnel et éternel comme fondement objectif de la vérité.

Réflexion supplémentaire

Si nous ne sommes que des êtres matériels, composés d’atomes, et régis par les lois naturelles, alors la vérité existe-t-elle? Non. Si nos croyances sont toutes fondamentalement physiques en nature, alors ce ne sont que des états cérébraux (dans le cerveau). Alors, lorsqu’on dit que telle croyance est vraie, en fait, ce qu’on veut dire, c’est que tel état mental est vrai. Pourtant, cela est insensé! Comment un arrangement d’atomes ou de neurones peut-il être plus vrai ou moins vrai qu’un autre? L’ordre dans lequel un paquet d’atomes peut s’arranger n’a aucun lien avec la vérité! Dans les deux cas, ce ne sont que des atomes. La vérité est quelque chose d’immatériel, ça s’appréhende seulement avec un esprit conscient et rationnel. C’est une idée contenant du sens et elle doit concorder avec la réalité. Des atomes ne réfèrent pas à quoi que ce soit et ne contiennent pas de sens. Notre expérience de la réalité ne serait qu’illusoire au mieux. En fait, il ne devrait même pas y avoir d’expérience subjective consciente selon le matérialisme. Si on pouvait équivaloir connaissances et arrangements d’atomes, alors on pourrait théoriquement regarder le cerveau de quelqu’un et voir ce qu’il sait, comme si on lisait un livre. Je parlerai plus en détails de la nature de l’esprit dans un futur article.