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Maintenant que nous avons établi que Jésus était bien Dieu et homme, nous avons besoin d’une explication. Il nous faut un modèle théologique qui nous permettra de réconcilier ces deux vérités. Commençons par un survol historique :
Durant les 450 premières années du christianisme, il n’y avait pas de consensus officiel sur cette question. Plusieurs théories étaient en circulation. À Alexandrie, on disait que Jésus n’avait qu’une seule nature, alors qu’à Antioche on disait qu’il en avait deux. Une nature consiste à un ensemble d’attributs permettant de définir une chose comme étant ce qu’elle est. Par exemple, une pomme est un fruit sucré provenant d’un arbre qu’on appelle pommier et elle comporte une pelure colorée ainsi qu’une chaire blanchâtre et sucrée (ou surette, dépendamment de la sorte). En ce qui concerne Dieu, on pense aux attributs que j’ai déduits dans mes arguments pour son existence (omnipotent, omniscient, parfaitement bon, éternel, nécessaire). En ce qui concerne l’humanité, on peut inclure notre corps physique typiquement humain, notre faculté à raisonner, nos émotions, notre conscience et notre libre-arbitre. Évidemment, nous n’avons pas les mêmes attributs métaphysiques que Dieu a. Cela ne veut pas dire, cependant, que nous ne pouvons pas partager certains points communs, comme avoir une conscience et un libre-arbitre. Défendant la position monophysite (une seule nature), il y avait Athanase et Apollinaire. Athanase disait que Jésus était Dieu et qu’il avait simplement pris un corps humain, tout en demeurant Dieu. Apollinaire, pour sa part, disait que Jésus était Dieu et homme, mais qu’un élément des deux natures appartenait à la Parole (2e personne de la trinité, Jésus avant d’être incarné). Dans sa conception de la nature humaine, Apollinaire attribue à l’homme trois parties : l’âme, l’esprit et le corps. L’âme de Christ était donc celle de la personne divine qu’est la Parole et prenait la place de l’âme humaine. Le problème avec ces deux perspectives est que Jésus n’était pas pleinement humain. Il n’était, au mieux, que partiellement humain et, au pire, il ne faisait que semblant d’être humain, sans l’être vraiment. Pourtant, la bible dit clairement qu’il était réellement les deux.
Du côté d’Antioche, il y avait Théodore de Mopsueste et Nestore. Ces deux théologiens disaient qu’il y avait bien deux natures complètes en Jésus, une humaine et une divine, chacune possédant sa propre substance (ce qu’elle est et ce dont elle est faite fondamentalement). Le problème ici, c’est qu’il y a aussi deux personnes distinctes venant avec ces deux natures : la personne divine et la personne humaine. Théodore expliquait que c’est une union intime entre la personne divine et la personne humaine de Jésus, étant unies en volonté et en pensée. Dieu étant présent en tout, il a choisi de s’associer plus intimement avec le corps et la personne de Jésus. Ce n’est pas vraiment la manière que nous concevons habituellement une personne… Pour cette raison, cette perspective a été rejeté par les chrétiens de l’époque, ainsi que les autres mentionnées jusqu’à présent. En 451, il y eu le concile de Chalcédoine, réunissant de nombreux théologiens de l’époque pour discuter de diverses questions et polémiques théologiques. La conclusion suivant ce concile en ce qui concerne Jésus était qu’il n’y avait qu’une seule personne en lui, mais deux natures complètes, une divine et une humaine. Voici leur conclusion écrite :
« Suivant donc les saints pères, nous enseignons unanimement que nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus Christ, le même parfait en divinité, et le même parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme (composé) d’une âme raisonnable et d’un corps, consubstantiel [c.-à-d. partageant la même substance] au Père selon la divinité et le même consubstantiel à nous selon l’humanité, en tout semblable à nous sauf le péché, avant les siècles engendré du Père selon la divinité, et aux derniers jours le même (engendré) pour nous et notre salut de la Vierge Marie, Mère de Dieu selon l’humanité,
Un seul et même Christ, Fils, Seigneur, l’unique engendré, reconnu en deux natures, sans confusion [c.-à-d. sans fusionner les deux ensemble], sans changement, sans division et sans séparation, la différence des natures n’étant nullement supprimée à cause de l’union, la propriété de l’une et l’autre nature étant bien plutôt gardée et concourant à une seule personne et une seule substance (hypostase), un Christ ne se fractionnant ni se divisant en deux personnes, mais un seul et même Fils, unique engendré, Dieu Verbe, Seigneur Jésus Christ, selon que depuis longtemps les prophètes l’ont enseigné de lui, que Jésus Christ lui-même nous l’a enseigné, et que le Symbole des pères nous l’a transmis. » (Traduction de : https://www.earlychurchtexts.com/main/chalcedon/chalcedonian_definition.shtml prise sur : http://catho.org/9.php?d=bv3)
À noter: le terme consubstantiel, en grec, est en fait « homoousios » et le terme substance, en référence à Jésus, est « hypostasis », donc ce ne sont pas les mêmes mots, même s’ils se ressemblent en français. En effet, on pourrait y voir là une apparente contradiction, en nous disant qu’il a deux substances et une seule en même temps. Ce n’est pas le cas. Ces termes sont durs à définir, mais l’hypostase est l’être même de Jésus et la consubstantialité réfère au fait que Jésus était réellement et pleinement Dieu dans tout le sens du terme et réellement et pleinement homme dans tout le sens du terme.
Cela signifie aussi que Jésus n’avait pas une nature mélangée et qu’il n’avait pas non plus de nature qui soit humaine ou mélangée avant son incarnation. Avant de venir sur Terre, il n’était que divin. Cette conclusion rejette aussi la perspective que certains mystiques de l’époque (tels les gnostiques) avaient sur Jésus, comme quoi il n’était qu’un esprit et qu’il n’avait même pas eu véritablement de corps physique.
Plus récemment dans l’histoire, dans les années 1800, une nouvelle théorie est apparue. La christologie kénotique. La christologie : étude de la personne du Christ. Elle est basée sur un des versets que j’ai présentés précédemment, en Philippiens :
« Que votre attitude soit identique à celle de Jésus-Christ: lui qui est de condition divine, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme un butin à préserver, mais il s’est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux êtres humains. Reconnu comme un simple homme, il s’est humilié lui-même en faisant preuve d’obéissance jusqu’à la mort, même la mort sur la croix. » (Philippiens 2 :5-8)
Il y a trois différentes perspectives sur la kénose (le dépouillement) de Jésus :
Premièrement, la perspective de Thomasius. Celui-ci dit que Jésus a pu renoncer à certains de ses attributs divins car en fait ceux-ci n’étaient pas essentiels à sa divinité, tel que l’omniscience, l’omnipotence et l’omniprésence, pour devenir un homme et être limité comme nous. Le problème avec ça c’est que Dieu ne peut pas perdre des attributs, qu’ils soient jugés essentiels ou non. En fait, chacun de ses attributs fait partie de lui essentiellement, donc perdre un attribut signifie perdre sa divinité ou une partie de sa divinité, ce qui est absurde, puisque Dieu existe éternellement et nécessairement.
Deuxièmement, la perspective de Gess. Celui-ci affirme une transformation complète comparable à celles des divinités grecques, comme Zeus. Donc Jésus serait passé de Dieu à humain, d’une forme à une autre complètement, sans jamais avoir plus d’une nature à la fois. C’est la même personne, mais avec une nature différente. Il est évident que cette théorie n’est aucunement la solution. Jésus demeurait Dieu, comme nous l’avons vu, donc cette position nie la perspective biblique. De plus, encore une fois, Dieu ne peut pas perdre sa divinité. Dire qu’il est Dieu et qu’il peut tout faire, incluant même cesser d’être Dieu, est de mal comprendre le concept d’omnipotence.
Troisièmement, Ebrard. Celui-ci dit que Jésus n’a pas cessé d’être Dieu et qu’il est bien devenu humain dans le sens d’un nouveau mode d’existence. La Parole aurait choisi de se limiter à exister et user de ses attributs seulement d’une manière cohérente avec un mode d’existence humain (spacio-temporel) et ce de manière permanente. Néanmoins, il conservait ses attributs divins et les exprimait, comme, par exemple, dans le cas des miracles qu’il a fait sur Terre. Je pense que c’est une bonne piste.
Défense et explications de l’incarnation
Comment donc s’est produite l’incarnation? Y a-t-il moyen d’expliquer cette croyance sans se contredire?
Le modèle proposé par William Lane Craig et J. P. Moreland semble être une solution viable à cette question théologique difficile et depuis longtemps débattue. Ils ne prétendent aucunement avoir trouvé la solution absolue et indéniable, mais ils présentent un modèle cohérent, orthodoxe et plausible. Aussi longtemps que nous disposons d’un tel modèle, nous pouvons défendre cette doctrine contre ceux qui l’accusent d’être impossible ou illogique.
Tout d’abord, tel qu’énoncé par la profession de foi chalcédonienne et soutenu par les alexandrins, Jésus n’avait qu’une seule essence/substance individuelle (hypostase), ce qui faisait qu’il n’était qu’une seule personne. Ensuite, il avait bel et bien deux natures, une humaine et une divine, manifestant les attributs de chacune, comme les Antiochiens l’affirmaient. Ce qui fait que Jésus, étant une seule personne, pouvait avoir deux natures est qu’en fait la nature humaine était déjà contenue dans sa nature divine. En effet, Dieu est l’archétype de l’humanité, celle-ci ayant été faite à l’image de Dieu :
« Puis Dieu dit: «Faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance!» Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu. Il créa l’homme et la femme. » (Genèse 1 :26-27)
Il est évident que ce que nous avons en commun avec Dieu n’est pas notre corps physique, que tous les animaux terrestres ont aussi, mais bien notre humanité, c’est-à-dire ce qui fait de nous des personnes humaines. Apollinaire avait donc raison de dire qu’un élément commun unissait les deux natures de Jésus. Cet élément était l’âme divine de la Parole. Le corps de Jésus était un corps humain bien ordinaire et son âme divine s’est attachée à celui-ci à la conception, semblablement à toute autre âme humaine. Le danger, ici, serait de croire que Jésus n’était pas pleinement humain, ce qui irait contre l’orthodoxie. Toutefois, en venant dans le monde, la Parole a adopté un mode d’existence humain, sans pour autant perdre quoi que ce soit de sa divinité, tel que suggéré pas Ebrard. La solution à ce problème est que Jésus a pu choisir de ne pas être pleinement conscient de sa personnalité divine et de pas utiliser ses pouvoirs divins. Tout être humain dispose d’un inconscient, une partie de soi qui n’est pas accessible à la conscience mais qui pourtant fait bien partie de nous. Cette partie de nous n’est pas une autre personne, mais elle comporte des aspects inconscients de notre propre personne. De cette façon, Jésus, dans sa vie humaine, n’était pas omniscient. Néanmoins, il était protégé de l’erreur pas sa nature divine, résidant dans son inconscient, de la même manière que sa volonté humaine était protégée du mal par sa volonté divine, comme j’en parle d’ailleurs dans mon deuxième article sur le libre-arbitre. La nature humaine de Jésus était dépendante de sa nature divine. Autrement dit, il possédait essentiellement et nécessairement sa nature divine, mais pas sa nature humaine. Voyez-vous, l’incarnation, comme Dr. Craig le dit si bien, n’est pas une question de soustraction, mais d’addition. La Parole s’est acquise une nature supplémentaire. Volontairement, il s’est restreint et limité et ce sans perdre aucun attribut. De cette manière, il est devenu humain tout en demeurant Dieu. On reconnaît là la kénose biblique. Comme Jésus avait une conscience humaine bien normale, il ne faisait pas simplement semblant d’être un humain. Il l’était vraiment. Tout ce qui ne convenait pas à une vie humaine a été mis de côté temporairement. Néanmoins, comme il est évident de tout ce qui a été discuté précédemment, Jésus a quand même démontré être Dieu. Il a usé de certains de ses pouvoirs durant son ministère de trois ans, avant de mourir, et il savait qui il était, d’où il venait, pourquoi il était ici et où il irait après sa mort. Donc son humanité n’a pas totalement évincé sa divinité. Il est à noter aussi qu’il avait le Saint-Esprit à ses côtés pour le guider et l’accompagner durant ce temps.
Pour revenir aux apparentes contradictions qu’il y a entre ces deux natures, comment cela fonctionne-t-il? Après tout, comment l’infini peut-il devenir fini? Le puissant devenir faible? L’intemporel devenir temporel? Le savoir devenir ignorance? L’omniprésence devenir limité? Jésus, en tant qu’humain, comme je l’ai dit, possédait encore tous ces attributs. Les contradictions ne sont effectivement qu’apparentes. Puisqu’il est d’abord Dieu, Jésus a conservé son existence nécessaire et son éternité. Sa nature humaine est secondaire, souvenons-nous. Elle n’efface pas sa divinité. Dieu était déjà devenu temporel en créant le monde qui est lui-même temporel (un futur article sur le sujet est à venir). Là où Jésus en tant qu’humain est différent concerne le fait qu’il évolue à travers le temps, alors que Dieu est parfait tout le temps. Jésus, dans sa conscience humaine, a dû grandir, apprendre à marcher, à parler, à lire, à compter, à réfléchir, etc. Il a même dû apprendre l’obéissance, comme le verset en Philippiens nous dit. Comment Jésus pourrait-il demeurer humain s’il avait consciemment accès à toute la connaissance divine? En fait, cela n’éliminerait pas toute son humanité. Il continuerait d’avoir une expérience humaine, un corps humain, des pensées humaines et des besoins humains. Il a choisi ce mode d’existence et de le conserver, même après sa résurrection et sa glorification. Qu’en est-il de son omniprésence? Celui-là est peut-être le plus difficile à expliquer, non? Mais qu’est-ce que l’omniprésence? Ce mot signifie normalement « présent partout », donc il semble y avoir une contradiction incontournable ici. En même temps, est-ce que Dieu occupe vraiment un quelconque espace dans l’univers? Dans le sens qu’il n’est pas lui-même physique et qu’il faut qu’un être soit physique pour occuper de l’espace. Donc lorsqu’on dit « présent partout », que veut-on dire? Dr. Craig définit l’omniprésence ainsi : être conscient de chaque point dans l’espace et être actif causalement à chacun de ceux-ci. Rien n’échappe donc au domaine de Dieu. Il sait tout ce qui se passe partout et peut agir en tout lieu et en tout temps. Une fois de plus, comme avec l’omnipotence et l’omniscience, Jésus a choisi de ne pas avoir accès à l’entièreté de ses capacités lors de son temps sur Terre. Il n’y a pas de problème ici. Pour la discussion au sujet de la nature parfaitement bonne de Jésus et son incapacité à péché en lien et les implications que cela a pour le libre-arbitre, je vous réfère à nouveau à mon article sur le sujet.
Parlant de contradictions, j’en profite pour mentionner le débat sur la question de la volonté de Christ (le monothélisme vs le dyothélisme). Lors du 3e concil de Constantinople (en 681), un verdict a été atteint comme quoi Christ ne pouvait pas avoir qu’une seule volonté, puisqu’il possédait deux natures. Tout comme Dr. Craig, je suis en désaccord avec ce verdict. Certains considèrent hérétique toute personne divergeant des conclusions des concils. Puisque ma foi est fondée non sur des concils mais sur les écritures et donc sur les enseignements et le témoignage de Jésus et des apôtres, je donne préséance à ces derniers. Je donne aussi préséance à la raison et au bon sens. Pourquoi être en désaccord? Parce que l’idée qu’une seule personne puisse avoir deux volontés est absurde. S’il n’y a qu’une seule nature, alors on comprends qu’il n’y a qu’une seule volonté, car il n’y a aussi qu’une seule personne. S’il y a deux natures et deux personnes, on comprends alors qu’il y ait aussi deux volontés. Mais où est la logique de dire que Jésus, ayant deux natures mais n’étant qu’une seule personne, pouvait aussi avoir deux volontés distinctes? Je ne la vois nulle part. Je ne vois pas non plus la grande importance d’être d’accord avec eux sur ce point précis. Les écritures ne suggèrent pas cela non plus. La volonté divine de Jésus s’est poursuivie sous sa forme humaine, en faisant une volonté humaine, mais il n’y a jamais eu plus d’une volonté en jeu. Il n’y a toujours qu’une seule personne et sa volonté unique.
Comment Jésus a-t-il pu mourir, s’il est Dieu? Premièrement, Jésus est mort respectivement à son humanité et non à sa divinité. Pour mourir, en effet, il faut avoir un corps, et son corps était humain. Dieu lui-même est indestrucible. Deuxièmement, Jésus homme n’a pas cessé d’exister non plus, tout comme les autres justes qui sont morts avant lui, car la vie éternelle leur est réservée. Ceux-ci sont dans l’attente du jour de la résurrection. Leur existence n’a donc pas complètement disparue. Jésus lui-même sous-entend ceci dans une de ses paraboles :
« Il y avait un homme riche, qui s’habillait de pourpre et de fin lin et qui chaque jour menait joyeuse et brillante vie. Un pauvre du nom de Lazare était couché devant son portail, couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche, cependant même les chiens venaient lécher ses ulcères. Le pauvre mourut et fut porté par les anges auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi et fut enterré. Dans le séjour des morts, en proie à une grande souffrance il leva les yeux et vit de loin Abraham, avec Lazare à ses côtés. Il s’écria: ‘Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare pour qu’il trempe le bout de son doigt dans l’eau afin de me rafraîchir la langue, car je souffre cruellement dans cette flamme.’ Abraham répondit: ‘Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie et que Lazare a connu les maux pendant la sienne; maintenant, il est consolé ici et toi, tu souffres. De plus, il y a un grand abîme entre nous et vous, afin que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous, ou de chez vous vers nous, ne puissent pas le faire.’ Le riche dit: ‘Je te prie alors, père, d’envoyer Lazare chez mon père, car j’ai cinq frères. C’est pour qu’il les avertisse, afin qu’ils n’aboutissent pas, eux aussi, dans ce lieu de souffrances.’ Abraham [lui] répondit: ‘Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent.’ Le riche dit: ‘Non, père Abraham, mais si quelqu’un vient de chez les morts vers eux, ils changeront d’attitude.’ Abraham lui dit alors: ‘S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader, même si quelqu’un ressuscite.’ » (Luc 16 :19-31)
Dans la croyance juive, il existe un royaume des morts, là où les morts vont en attendant le jour du jugement final. Dans cette parabole, il est digne de mentionner que le riche n’a pas été rejeté simplement pour avoir des richesses, mais plutôt pour avoir mal vécu. À la fin, cela est sous-entendu par la requête du riche d’envoyer Lazare vers ses frères, pour qu’ils se repentent, alors qu’ils n’écoutent même pas Moïse et la loi. Même la résurrection de Jésus n’a pas été suffisante pour plusieurs, comme nous le verrons dans un futur article. Le problème est le manque de volonté, pas le manque de raisons.
Dans la révélation de Jean, les justes qui sont morts en martyrs attendent impatiemment le jour du jugement pour que justice leur soit faite et ils plaident avec Dieu à ce sujet :
« Quand il ouvrit le cinquième sceau, je vis sous l’autel l’âme de ceux qui avaient été mis à mort à cause de la parole de Dieu et à cause du témoignage qu’ils avaient rendu. Ils crièrent d’une voix forte: «Jusqu’à quand, Maître saint et véritable, tarderas-tu à faire justice et à venger notre sang sur les habitants de la terre?» Une robe blanche fut donnée à chacun d’eux et ils reçurent l’ordre de rester en repos un petit moment encore, jusqu’à ce que le nombre de leurs compagnons de service et de leurs frères et sœurs qui devaient être mis à mort comme eux soit au complet. » (Apocalypse 6 :9-11)
Ils attendent ce jour dans le repos.
Est-ce que Jésus a un corps physique au ciel en ce moment? Je pense que la réponse à cette question appartient plus à l’ordre de la spéculation, mais je dirais que non. Son âme est avec Dieu. Il retrouvera son corps glorifié (ressuscité) en même temps que les autres à la fin de ce monde. En attendant le royaume à venir, sur lequel il règnera éternellement, il est assis à la droite du trône de Dieu. Il a déjà reçu son corps glorifié à la résurrection, mais il n’en a pas vraiment besoin tant que son royaume terrestre n’est pas établi.
Jésus avait besoin d’être humain comme nous et de vivre une vie humaine « normale » pour accomplir sa mission qui était de nous servir de médiateur devant Dieu. Il devait d’abord offrir sa vie en rançon pour les péchés en ayant vécu une vie moralement parfaite et sans défaut. Une fois sa mission accomplie et ayant atteint son état d’exaltation et de glorification, il n’est plus nécessairement soumis aux mêmes restrictions. En tant que Christ et Seigneur, roi du nouveau royaume, il reprend son rôle de 2e personne de la trinité (ne cessant pas d’être humain, évidemment). Il est venu en tant qu’humble serviteur, mais il reprend son rôle de juge suprême. C’est justement ce que nous voyons dans ce passage de Matthieu et dans ces extraits du livre de l’apocalypse que j’ai déjà cités :
« Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire avec tous les [saints] anges, il s’assiéra sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui. Il séparera les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs; il mettra les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite: ‘Venez, vous qui êtes bénis par mon Père, prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la création du monde! […] Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche: ‘Eloignez-vous de moi, maudits, allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges! […] Et ils iront à la peine éternelle, tandis que les justes iront à la vie éternelle. » (Matthieu 25 :31-34, 41, 46)
« […] de la part de Jésus-Christ, le témoin fidèle, le premier-né d’entre les morts et le chef des rois de la terre! […] Le voici qui vient avec les nuées. Tout œil le verra, même ceux qui l’ont transpercé, et toutes les familles de la terre pleureront amèrement sur lui. Oui. Amen! «Je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant.» » (Apocalypse 1 :5, 7-8)
«Je suis l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin. A celui qui a soif, je donnerai à boire gratuitement de la source de l’eau de la vie. » (Apocalypse 21 :6)
« Voici, je viens bientôt et j’apporte avec moi ma récompense pour traiter chacun conformément à son œuvre. […] Je suis l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. […] Moi Jésus, j’ai envoyé mon ange pour vous attester ces choses dans les Eglises. Je suis le rejeton de la racine de David et son descendant, l’étoile brillante du matin. » (Apocalypse 22 :12-13, 16)
Il retrouve aussi sa gloire divine:
« J’ai révélé ta gloire sur la terre, j’ai terminé ce que tu m’avais donné à faire. Maintenant, Père, révèle toi-même ma gloire auprès de toi en me donnant la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe. » (Jean 17:4-5)
« Le Fils est le reflet de sa gloire et l’expression de sa personne, il soutient tout par sa parole puissante. Après avoir accompli [au travers de lui-même] la purification de nos péchés, il s’est assis à la droite de la majesté divine dans les lieux très hauts. » (Hébreux 1:3)
Si ce modèle est cohérent, et je crois qu’il l’est, alors nous avons une réponse à offrir à ceux qui prétendent que la doctrine de l’incarnation de Dieu est intenable et insensée. Je dirais même que nous avons ici un modèle convainquant et satisfaisant.
Sources :
Philosophical Foundations for a Christian Worldview. Par William Lane Craig et J. P. Moreland. Publié en 2003. Pages 597 à 613.
https://www.reasonablefaith.org/podcasts/defenders-podcast-series-3/s3-doctrine-of-christ/
https://www.blueletterbible.org/faq/don_stewart/don_stewart_1343.cfm