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Jésus a-t-il vraiment existé? Plusieurs disent que puisque nos sources au sujet de Jésus proviennent de chrétiens fervents et déjà vendus à la cause, alors on ne peut pas leur faire confiance. Évidemment, ce n’est pas parce que quelqu’un adhère à une idéologie que ce qu’il raconte à ce sujet sera inventé! La plupart des récits historiques que nous avons proviennent de gens qui étaient favorables au point de vue sur lequel ils écrivaient. Évidemment, quelqu’un qui n’a aucun intérêt pour un sujet n’en parlera tout simplement pas. Il existe des critères d’historicité nous permettant d’évaluer la fiabilité historique d’un texte ou d’un ensemble de textes. Nous en parlons plus en détails dans un prochain article. Ici, je me concentrerai uniquement sur les sources historiques ne provenant pas de chrétiens, mais qui parlent de leur mouvement. Les critiques de la foi chrétienne disent « si ce mouvement était aussi important que ce que le NT nous raconte, alors les gens de l’époque devraient en avoir fait mention dans leurs écrits ». Eh bien c’est le cas.

Flavius Josèphe

Certainement, c’est la source historique parlant de Jésus qui est la plus contestée. Il y a trois passages dignes de mention dans ses écrits pertinents à notre étude.

Josèphe mentionne à deux reprise Jésus dans tous ses écrits (ce n’est pas beaucoup, considérant tout ce qu’il a écrit), mais à une reprise il y a clairement eu de l’interpolation, c’est-à-dire que le texte a été trafiqué par un transcripteur. Comme j’en ai déjà parlé dans un autre article, les textes anciens que nous avons ont dû être transcrits à chaque génération afin de les conserver, car le papier et autres matériaux utilisés pour l’écriture ne durent pas pour toujours. Malheureusement, les scribes qui les transcrivent peuvent parfois faire des erreurs ou bien carrément modifier ce qu’ils transcrivent. Heureusement, ça n’arrive pas souvent et il y a des moyens de reconnaître ces erreurs ou modifications intentionnelles. À une autre reprise, il mentionne Jean Baptiste, que les évangiles nous présentent comme un prophète précédant le messie et préparant sa venue parmi le peuple juif.

Flavius Josèphe a écrit l’histoire complète des juifs en partant de la création du monde par Dieu jusqu’à son époque en deux ouvrages. Il y relate entre autres diverses guerres qu’ils ont eues, incluant celle avec les romains. En 70, les romains ont assiégé et détruit Jérusalem à cause des révoltes juives. Josèphe s’est alors allié aux romains et a même été chapeauté par l’empereur de Rome, ce qui l’a d’ailleurs amené à emprunter le nom de l’empereur Flavius et à l’apposer devant le sien. Dans le chapitre 18 de son œuvre « Antiquités Juives », il y a un passage qui corrobore beaucoup trop bien les évangiles. Tous les spécialistes (ou presque) rejettent l’authenticité de ce passage. Cette altération a été faite très tôt dans l’histoire et la transmission textuelle de cet ouvrage, au 3e ou 4e siècle. Il est possible que j’élabore plus sur le sujet éventuellement dans un autre article, car c’est une discussion complexe, mais pour l’instant, si vous lisez l’anglais, vous pouvez lire cet article écrit par un chrétien (désormais agnostique) qui en est lui-même venu à en rejeter l’authenticité. Il présente une résumé du débat académique sur la question en recensant et en présentant les arguments et contre-arguments provenant de chaque côté : http://www.earlychristianwritings.com/testimonium.html

Il est possible que Josèphe ait réellement parlé de Jésus, de sa vie, de sa mort et des premiers chrétiens, que ce soit en bien, en mal ou de manière neutre, surtout à la lumière du fait que le contexte du passage est en lien avec Ponce Pilate et certains évènements étant survenus durant son office, mais ce texte a été tellement déformé qu’il est impossible de s’en assurer ni de savoir ce qu’il aurait réellement dit à ces sujets. Dû à cela, ça ne contribue pas à notre présente recherche.

Vous pouvez aussi lire ce chapitre d’un livre publié par Harvard qui traite du sujet : https://chs.harvard.edu/chapter/5-a-eusebian-reading-of-the-testimonium-flavianum-ken-olson

Au chapitre 20, Josèphe écrit au sujet de Jacques :

« Étant une personne de cette sorte [c.-à-d. un pharisien sans coeur], Anan, pensant qu’il avait une opportunité favorable à cause de la mort de Festus et qu’Albinus était encore en chemin, convoqua une assemblée de juges et y amena Jacques, le frère de Jésus (celui qu’on appelle Christ), ainsi que d’autres. Il les accusa d’avoir transgressé la loi et il les fit lapider. » (Antiquités juives XX.9.1)

Pour diverses raisons, il est plus plausible que la mention « celui qu’on appelle le Christ » soit un ajout chrétien. Prenons aussi pour acquis que le nom de Jésus n’est pas mentionné. Josèphe aurait pu parler d’un Jacques quelconque; ce n’était pas nécessairement important pour lui. Néanmoins, il semble tout de même parler du frère de Jésus et de sa mort, car c’est ce que la tradition chrétienne affirme, se référant justement à ce que Josèphe en dit pour la corroborer. Il y a quelques différences avec la tradition chrétienne, telle la cause exacte de sa mort ainsi que le moment, ce qui donne plus de crédibilité à l’authenticité du passage dans son ensemble. Le contexte n’a rien à voir avec les chrétiens, de toute façon. On ne mentionne Jacques qu’en lien avec Anan, ce qu’il a fait et ce qui lui est arrivé ensuite. (Histoire de l’église, livre II, chapitre 23 (d’Eusèbe); Contre Celse, livre I, chapitre 47 et livre II, chapitre 13 (d’Origène); Commentaire sur Matthieu, livre X, chapitre 17 (d’Origène))

https://www.newadvent.org/fathers/250102.htm

https://www.newadvent.org/fathers/04161.htm

https://www.newadvent.org/fathers/04162.htm

https://www.newadvent.org/fathers/101610.htm

Le passage sur Jean Baptiste :

« Or, il y avait des Juifs pour penser que, si l’armée d’Hérode avait péri, c’était par la volonté divine et en juste vengeance de Jean surnommé Baptiste. En effet, Hérode l’avait fait tuer, quoique ce fût un homme de bien et qu’il excitât les Juifs à pratiquer la vertu, à être justes les uns envers les autres et pieux envers Dieu pour recevoir le baptisme ; car c’est à cette condition que Dieu considérerait le baptême comme agréable, s’il servait non pour se faire pardonner certaines fautes, mais pour purifier le corps, après qu’on eût préalablement purifié l’âme par la justice. Des gens s’étaient rassemblés autour de lui, car ils étaient très exaltés en l’entendant parler. Hérode craignait qu’une telle faculté de persuader ne suscitât une révolte, la foule semblant prête à suivre en tout les conseils de cet homme. Il aima donc mieux s’emparer de lui avant que quelque trouble se fût produit à son sujet, que d’avoir à se repentir plus tard, si un mouvement avait lieu, de s’être exposé à des périls. A cause de ces soupçons d’Hérode, Jean fut envoyé à Macheronte, la forteresse dont nous avons parlé plus haut, et y fut tué. Les Juifs crurent que c’était pour le venger qu’une catastrophe s’était abattue sur l’armée, Dieu voulant ainsi punir Hérode. » (Antiquités Juives, XVIII.5.2)

Voici ce que les évangiles disent au sujet de Jean Baptiste :

« Jean parut; il baptisait dans le désert et prêchait le baptême de repentance pour le pardon des péchés. Toute la région de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient vers lui. Reconnaissant publiquement leurs péchés, ils se faisaient baptiser par lui dans l’eau du Jourdain. […] Il proclamait: «Après moi vient celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de me baisser pour détacher la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés d’eau; lui, il vous baptisera du Saint-Esprit.» » (Marc 1 :4-5, 7-8) (voir aussi Matthieu 3, Luc 1 et Jean 1)

« A cette époque-là, Hérode le tétrarque entendit parler de Jésus, et il dit à ses serviteurs: «C’est Jean-Baptiste! Il est ressuscité, et c’est pour cela qu’il a le pouvoir de faire des miracles.» En effet, Hérode avait fait arrêter Jean; il l’avait enchaîné et mis en prison à cause d’Hérodiade, la femme de son frère Philippe, car Jean lui disait: «Il ne t’est pas permis de l’avoir pour femme.» Il voulait le faire mourir, mais il redoutait les réactions de la foule parce qu’elle considérait Jean comme un prophète. Or, lorsqu’on célébra l’anniversaire d’Hérode, la fille d’Hérodiade dansa au milieu des invités et plut à Hérode, de sorte qu’il promit avec serment de lui donner ce qu’elle demanderait. A l’instigation de sa mère, elle dit: «Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste.» Le roi fut attristé, mais, à cause de ses serments et des invités, il ordonna de la lui donner et il envoya décapiter Jean dans la prison. Sa tête fut apportée sur un plat et donnée à la jeune fille, qui l’apporta à sa mère. Les disciples de Jean vinrent prendre son corps et l’ensevelirent. Puis ils allèrent l’annoncer à Jésus. » (Matthieu 14 :1-12) (Voir aussi Marc 1 :1-14, 6 :14-29 et Luc 3 :1-22)

Josèphe dit justement, en lien avec Hérode :

« Quant à Hérodiade leur sœur, elle épousa Hérode [Philippe], qu’Hérode le Grand avait eu de Mariamne, la fille du grand-pontife Simon ; et ils eurent pour fille Salomé, après la naissance de laquelle Hérodiade, au mépris des lois nationales, épousa, après s’être séparée de son mari encore vivant, Hérode [Antipas], frère consanguin de son premier mari qui possédait la tétrarchie de Galilée. » (Antiquités Juives, XVIII.5.4 :136)

Josèphe confirme par le fait même le récit évangélique concernant Jean Baptiste. Il ne mentionne pas que Jean est mort parce qu’il a remis en question le divorce et l’union du roi de Galilée avec sa belle-sœur, contrairement à ce que les évangiles disent, mais il fournit les informations permettant quand même de croire que c’est arrivé. Dans les évangiles, Hérode est présenté comme étant plutôt favorable à Jean Baptiste, mais pas dans ce que Josèphe a écrit. Hérode l’aurait mis à mort par crainte d’un soulèvement populaire contre lui. L’endroit n’est d’ailleurs pas spécifié dans les évangiles. Josèphe ne fait pas non plus mention du rôle de Jean dans le ministère de Jésus : en effet, c’est lui qui devait précéder le messie et préparer sa venue parmi son peuple. C’est suite à ce que Jésus ait été baptisé par Jean qu’il a commencé son ministère, dans les évangiles. Autres remarques pertinentes : si un chrétien avait ajouté ce passage, alors il aurait vraisemblablement fait des liens avec Jésus en tant que Messie, surtout que Josèphe parle de Jean Baptiste tout de suite après le passage (au chapitre 18) qui est très explicite sur Jésus et la foi. Il aurait pu dire que Jean le précédait, par exemple, et préparait sa venue. En plus, le double de mots est utilisé pour parler de Jean Baptiste, alors que dans le passage sur Jésus, on dirait que c’est fait à la va-vite; c’est très condensé et peu élaboré. Il est bon aussi de noter que ce passage est sans controverse parmi les spécialistes du sujet.

http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Flajose/juda18.htm

http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Flajose/juda20.htm

Caius Plinius Caecilius Secundus

Mieux connu sous le nom de Pline le jeune. Celui-ci était un ami de Tacite (que nous verrons ensuite) et lui aussi était gouverneur d’une province romaine (110 AD). Il correspondait régulièrement avec l’empereur Trajan pour lui demander des conseils sur sa gouvernance. Dans une de ses correspondances, il demande conseil sur comment traiter les chrétiens qu’il avait à traduire en justice.

PLINE A L’EMPEREUR TRAJAN

« Je me fais une religion, seigneur, de vous exposer tous mes scrupules ; car qui peut mieux, ou me déterminer, ou m’instruire ? Je n’ai jamais assisté à l’instruction et au jugement du procès d’aucun chrétien. Ainsi je ne sais sur quoi tombe l’information que l’on fait contre eux, ni jusqu’où l’on doit porter leur punition. J’hésite beaucoup sur la différence des âges. Faut-il les assujettir tous à la peine, sans distinguer les plus jeunes des plus âgés ? Doit-on pardonner à celui qui se repent ? ou est-il inutile de renoncer au christianisme quand une fois on l’a embrassé ? Est-ce le nom seul que l’on punit en eux ? ou sont-ce les crimes attachés à ce nom ? Cependant voici la règle que j’ai suivie dans les accusations intentées devant moi contre les chrétiens. Je les ai interrogés s’ils étaient chrétiens. Ceux qui l’ont avoué, je les ai interrogés une seconde et une troisième fois, et je les ai menacés du supplice. Quand ils ont persisté, je les y ai envoyés. Car, de quelque nature que fût ce qu’ils confessaient, j’ai cru que l’on ne pouvait manquer à punir en eux leur désobéissance et leur invincible opiniâtreté. Il y en a eu d’autres, entêtés de la même folie, que j’ai réservés pour envoyer à Rome, parce qu’ils sont citoyens romains. Dans la suite, ce crime venant à se répandre, comme il arrive ordinairement, il s’en est présenté de plusieurs espèces. On m’a remis entre les mains un mémoire sans nom d’auteur, où l’on accuse d’être chrétiens différentes personnes qui nient de l’être et de l’avoir jamais été. Elles ont, en ma présence, et dans les termes que je leur prescrivais, invoqué les dieux, et offert de l’encens et du vin à votre image, que j’avais fait apporter exprès avec les statues de nos divinités ; elles se sont même emportées en imprécations contre Christ [une imprécation = maudire quelqu’un]. C’est à quoi, dit-on, l’on ne peut jamais forcer ceux qui sont véritablement chrétiens. J’ai donc cru qu’il fallait les absoudre. D’autres, déférés par un dénonciateur, ont d’abord reconnu qu’ils étaient chrétiens ; et aussitôt après ils l’ont nié, déclarant que véritablement ils l’avaient été, mais qu’ils ont cessé de l’être, les uns, il y avait plus de trois ans, les autres depuis un plus grand nombre d’années ; quelques uns, depuis plus de vingt. Tous ces gens-là ont adoré votre image et les statues des dieux ; tous ont chargé Christ de malédictions. Ils assuraient que toute leur erreur ou leur faute avait été renfermée dans ces points : qu’à un jour marqué, ils s’assemblaient avant le lever du soleil, et chantaient tour à tour des vers à la louange de Christ, comme s’il eût été un dieu ; qu’ils s’engageaient par serment, non à quelque crime, mais à ne point commettre de vol, ni d’adultère ; à ne point manquer à leur promesse ; à ne point nier un dépôt : qu’après cela ils avaient coutume de se séparer, et ensuite de se rassembler pour manger en commun des mets innocents ; qu’ils avaient cessé de le faire depuis mon édit, par lequel, selon vos ordres, j’avais défendu toutes sortes d’assemblées. Cela m’a fait juger d’autant plus nécessaire d’arracher la vérité par la force des tourments [c.-à-d. par la torture] à deux filles esclaves qu’ils disaient être dans le ministère de leur culte ; mais je n’y ai découvert qu’une mauvaise superstition portée à l’excès ; et, par cette raison, j’ai tout suspendu pour vous demander vos ordres. L’affaire m’a paru digne de vos réflexions, par la multitude de ceux qui sont enveloppés dans ce péril : car un très grand nombre de personnes de tout âge, de tout ordre, de tout sexe, sont et seront tous les jours impliquées dans cette accusation. Ce mal contagieux n’a pas seulement infecté les villes, il a gagné les villages et les campagnes. Je crois pourtant que l’on y peut remédier, et qu’il peut être arrêté. Ce qu’il y a de certain, c’est que les temples, qui étaient presque déserts, sont fréquentés, et que les sacrifices, longtemps négligés, recommencent. On vend partout des victimes, qui trouvaient auparavant peu d’acheteurs. De là, on peut juger quelle quantité de gens peuvent être ramenés de leur égarement, si l’on fait grâce au repentir.

TRAJAN A PLINE

Vous avez, mon très cher Pline, suivi la voie que vous deviez dans l’instruction du procès des chrétiens qui vous ont été déférés ; car il n’est pas possible d’établir une forme certaine et générale dans cette sorte d’affaires. Il ne faut pas en faire perquisition [c.-à-d. ne pas les pourchasser] : s’ils sont accusés et convaincus, il les faut punir. Si pourtant l’accusé nie qu’il soit chrétien, et qu’il le prouve par sa conduite, je veux dire en invoquant les dieux, il faut pardonner à son repentir, de quelque soupçon qu’il ait été auparavant chargé. Au reste, dans nul genre de crime l’on ne doit recevoir des dénonciations qui ne soient souscrites de personne ; car cela est d’un pernicieux exemple, et très éloigné de nos maximes. » (Épîtres, X.97-98)

Plusieurs raisons nous apportent à conclure que ce passage est fiable historiquement. On pourrait être tenté, dans un premier temps, de dire que ça pourrait être une fabrication chrétienne puisqu’elle présente de manière relativement favorable les chrétiens. En effet, ceux-ci ne font rien de mal à part se réunir, chanter, manger ensemble et se promettre de ne commettre aucun acte immoral. En plus, on les persécute et les tue pour cela. Les romains semblent être les méchants sans jugement dans cette histoire. Pourtant, une fois que Pline s’est rendu compte qu’il n’y avait pas grand-chose à reprocher aux chrétiens, c’est à ce moment qu’il a écrit à l’empereur pour avoir de ses conseils, ne désirant pas faire d’erreurs. Il mentionne aussi vers la fin de sa lettre qu’il y a moyen d’éradiquer ce qu’il qualifie de « mal contagieux et de superstition portée à l’excès ». À la gloire de Rome, l’empereur prévient qu’il n’est pas bien de condamner quelqu’un sous une accusation anonyme et qu’il ne faut pas pourchasser les chrétiens pour les amener en procès. C’est seulement s’ils sont accusés qu’il faut les traduire en justice. Il n’est pas mentionné clairement pourquoi les chrétiens étaient ainsi condamnés, mais basé sur ce que Pline dit à la fin de sa lettre, les croyances et les pratiques des chrétiens semblaient troubler le fonctionnement normal de la région, particulièrement au niveau religieux et économique. De plus, l’empereur avait interdit les rassemblements, craignant des émeutes et un potentiel coup d’état. On a un exemple de cette paranoïa dans les chapitres 33 et 34 du même livre lorsque des pompiers ont voulu former une guilde pour pouvoir mieux s’organiser et combattre les feux et que l’empereur leur refuse.

Quand on parle de « supplices », on fait référence à la peine de mort. C’est pourquoi il dit que « beaucoup sont entraînés dans ce péril ». Seuls les citoyens romains avaient droit à un réel procès avec la chance de se défendre.

Pourquoi un chrétien aurait inventé ce passage de toute pièces? Pourquoi était-il si favorable aux romains? Au début de ce chapitre, Pline mentionne à quel point les conseils de l’empereur sont bons et sages. Il me semble que malgré que les chrétiens puissent être présentés comme des victimes innocentes d’une part, ils sont quand mêmes présentés comme des êtres nuisibles desquelles il faut se débarrasser. N’oublions pas que les allégations comme quoi les chrétiens ne faisaient rien de mal venaient elles-mêmes des chrétiens! Ce n’est pas parce qu’ils ne sont plus chrétiens que forcément ils ont des choses mauvaises à dire contre eux. Après tout, ils se détachent du christianisme et se soumettent aux tests du gouverneur (adorer l’image de l’empereur et les statues des dieux romains et maudire Christ) principalement parce qu’ils ne veulent pas mourir. C’est justement parce que Pline ne les croyait pas pleinement qu’il a fait torturer deux diaconesses chrétiennes. Un chrétien inventant ce passage aurait sûrement voulu mettre les chrétiens et le christianisme plus sur un piédestal en ne disant pas qu’ils peuvent être éradiqués et que les romains semblent gagner. Encore moins que beaucoup ont déserté la foi chrétienne et n’ont pas hésité à maudire et renier Christ face au danger et à commettre le péché de l’idolâtrie (c.-à-d. adorer d’autres dieux que Dieu). Il est intéressant de constater que Pline dit que les chrétiens chantent des hymnes à Christ « comme si c’était un dieu », sous-entendant qu’il ne croyait pas que Christ est un dieu. Sûrement, il aurait eu plus de déférence envers lui s’il avait cru que c’était un dieu, les Romains étant superstitieux. Un chrétien, quant à lui, n’aurait pas hésité à affirmer la divinité de Christ ou, à tout le moins, ne l’aurait pas nié. Il n’est pas explicitement clair si c’est les chrétiens ou Pline qui ont fait cette remarque sur la divinité de Christ, mais le fait demeure que si c’était un passage écrit par un chrétien, ça aurait été écrit différemment, car ce commentaire remet en question la divinité de Christ. 

Finalement, l’apologète chrétien Tertullien corrobore ce passage en le mentionnant dans son œuvre « apologétique», écrit environ en l’an 197, au chapitre 2, concernant le fait qu’il est incohérent de ne pas pourchasser les chrétiens alors qu’il faut les condamner si on les accuse. Les chrétiens sont-ils coupables, pour qu’on les condamne aussi aisément, mais innocents, pour qu’on ne les pourchasse pas? Tertullien ne comprend pas pourquoi on cherche à faire nier leur foi aux chrétiens. Normalement, on cherche à faire avouer son tort à un accusé, pas à le nier. Et encore moins à le libérer pour ça! N’importe qui nierait son crime si on lui donnait la chance. À quoi bon menacer de mort quelqu’un à moins qu’il ne se déclare innocents des accusations portées contre lui? Qui ne le ferait pas???

À comparer :

« Quand l’heure fut venue, il [Jésus] se mit à table avec les [douze] apôtres. Il leur dit: «J’ai vivement désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir car, je vous le dis, je ne la mangerai plus jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu.» Puis il prit une coupe, remercia Dieu et dit: «Prenez cette coupe et partagez-la entre vous car, je vous le dis, [désormais] je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu.» Ensuite il prit du pain et, après avoir remercié Dieu, il le rompit et le leur donna en disant: «Ceci est mon corps qui est donné pour vous. Faites ceci en souvenir de moi.» Après le souper il prit de même la coupe et la leur donna en disant: «Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang qui est versé pour vous. » (Luc 22 :14-20) (voir aussi : Marc 14, Matthieu 26 et 1 Corinthiens 11)

C’est ce qu’on appelle la célébration de la sainte cène ou l’eucharistie et les Chrétiens aujourd’hui font encore ceci en mémoire de Jésus.

https://mediterranees.net/histoire_romaine/empereurs_2siecle/Pline/Lettres/Lettre97.html

https://www.tertullian.org/french/g2_09_apologeticum.htm

Gaius Cornelius Tacitus

C’est un des meilleurs historiens de l’époque. Tacite a été proconsul d’Asie (actuellement l’ouest de la Turquie) plus tôt dans sa carrière. Il a aussi été un sénateur romain. Dans son dernier ouvrage, datant de 116 A.D. et relatant l’histoire des empereurs, il parle de Néron (ayant régné de l’an 54 à 68), qui était suspecté d’avoir brûlé une partie de la ville pour faire avancer ses projets :

« Ni les efforts humains ni la générosité de l’empereur ni l’apaisement des dieux n’a mis fin à la croyance scandaleuse que le feu avait été ordonné par Néron. Donc, pour faire taire la rumeur, Néron accusa et infligea les tortures les plus raffinées à ceux qui étaient haïs pour leurs actes odieux et appelés chrestiens par le peuple. Christus, de qui ils tenaient leur nom, avait été exécuté par le procurateur Ponce Pilate durant le règne de Tibère [14-37 A.D.]. Éliminée pour un temps, cette superstition mortelle est resurgie à nouveau et non seulement en Judée, la source de ce mal, mais aussi dans la ville [de Rome], où toutes les choses horribles et honteuses venant de partout sont réunies et deviennent populaires. Par conséquent, un premier arrêt a été effectué pour tous ceux qui ont plaidé coupable et, ensuite, basé sur les informations qu’ils ont données, un grand nombre de gens a été inculpé, non pas pour avoir mis le feu à la ville, mais pour haine contre l’humanité. Toutes sortes de moqueries ont été ajoutées à leurs morts. Couverts de peaux de bêtes, il se sont fait déchiquetés par des chiens ou cloués à des croix ou encore brûlés vifs et utilisés comme source de lumière la nuit. […] De ce fait, même pour les criminels nécessitant un châtiment des plus sévères, il survint un élan de compassion, car ce n’était pas, comme il semblait, pour le bien commun que ces gens étaient immolés, mais pour satisfaire le plaisir sadique d’un seul homme. » (Annales XV.44)

Premièrement, il est intéressant de constater que la foule appelait les chrétiens « chrestiens ». Possiblement, ils avaient confondu le nom romain « Chrestus » avec « Christ », n’en sachant pas la signification. Tacite semble vouloir clarifier que son nom était en fait Christ (Christus, en latin), quoiqu’il n’est pas clair s’il sait que c’est un titre plutôt qu’un nom propre.

Certaines personnes, face à ce témoignage sans équivoque de l’existence de Jésus, disent que ce passage de Tacite n’est fondé que sur des ouï-dire, qu’il a probablement appris ce qu’il sait des chrétiens eux-mêmes et que ce n’est donc pas fiable. Pourtant, Tacite est un historien très rigoureux et respectable. Il n’aurait pas juste écrit n’importe quoi. De plus, les fonctions qu’il a exercé au cours de sa vie lui ont amplement donné l’opportunité de connaître les faits de bases au sujet des chrétiens et de Jésus. D’ailleurs, il a sûrement lui-même interrogé des chrétiens au sein de ses fonctions. De plus, il avait un des quinze sièges du conseil religieux de Rome, une position très haut-placée. C’est eux qui avaient la charge de surveiller les différents mouvements religieux de la ville ainsi que leurs pratiques et de condamner ce qui était illégal. De par ses hautes positions politiques et religieuses, il devait aussi avoir accès à certaines archives officielles de la ville, qu’il aurait pu, au besoin, consulter.  

Pourquoi ne parle-t-il de Jésus que si longtemps après les évènements? Les romains n’avaient que faire des juifs et encore moins d’une nouvelle secte religieuse, excepté lorsqu’ils causaient des problèmes. Tacite ne mentionne Jésus qu’au passage et parce que c’est pertinent à l’histoire de Néron, sur lequel il écrivait à ce moment-là. C’est uniquement parce que Néron a accusé les chrétiens d’être responsable du grand incendie qu’il est fait mention d’eux. Ce n’est pas parce que Tacite admire les chrétiens et désire parler d’eux. Il s’adonne aussi tout simplement qu’il a décidé d’écrire l’histoire des empereurs romains plus tard dans sa vie. Il n’y a pas de conspiration cachée ici.

Certains mentionnent que le terme « procurateur » n’était pas celui utilisé pour désigner Ponce Pilate. Celui-ci était en réalité un préfet. C’est ce que les trouvailles archéologiques nous confirment. Le fait est que l’empereur Claude, durant son règne s’étalant de l’an 41 à 54, a changé le terme préfet à procurateur pour désigner la même fonction. Tacite utilise donc de manière anachronique le terme que ses lecteurs comprendraient le mieux et qui était d’usage à son époque. Ponce Pilate a exercé ses fonctions de préfet de 26 à 36 A.D. Nous avons donc une confirmation de la mort de Jésus sous Ponce Pilate, en plus d’une preuve de son existence.

Autre fait pertinent, le latin utilisé dans ce passage est le même qui caractérise celui de ses écrits. C’est d’ailleurs aussi le cas en ce qui concerne Pline le jeune.  

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/TAC/AnnXV.html

Gaius Suetonius Tranquillus

Mieux connu sous le nom de Suétone, il était un historien romain de la maison impériale sous le support de l’empereur Hadrien. Il était ami avec Pline et celui-ci était son protecteur. Il publie son œuvre environ en l’an 120 de notre ère. Il écrit concernant les chrétiens durant le règne de Claude (en l’an 49) :

« Il chassa de la ville les Juifs qui se soulevaient sans cesse à l’instigation d’un certain Chrestus. » (Vie des XII Césars, Claude 25 :11)

Suétone fait mention de la persécution contre les chrétiens en l’an 64 durant le règne de Néron (probablement en lien avec le feu qui a ravagé une partie de Rome et duquel Néron avait accusé les chrétiens) :

« Sous son règne, beaucoup d’abus furent sévèrement réprimés et punis; beaucoup de règlements furent également établis pour les prévenir. Il mit des bornes au luxe. Il réduisit les festins publics à de simples distributions de vivres. Il défendit de vendre dans les cabarets des mets cuits, à l’exception des légumes et du jardinage, tandis que, auparavant, on y servait tous les plats. Il livra aux supplices les Chrétiens, race adonnée à une superstition nouvelle et coupable. Il mit fin aux excès des coureurs de chars qui, profitant d’un ancien privilège, se faisaient un jeu de tromper et de voler, en courant de tous côtés. Il exila tout à la fois les factions des pantomimes et les pantomimes eux-mêmes. » (Vie des XII Césars, Néron 16 :3)

Dans les deux cas, Suétone ne fait mention des chrétiens que très sommairement, alors qu’il énumère d’autres évènements divers. Il est extrêmement improbable que ces deux passages soient des interpolations chrétiennes, dû à leur brièveté et leur banalité. En fait, plusieurs contestent que le premier passage fasse même référence à Jésus Christ. Encore une fois, nous avons ici le nom romain commun « Chrestus ». Certains disent donc que Suétone parle d’un romain sans aucun lien avec Jésus. Pourtant, ce n’était pas un nom juif commun du tout. Pourquoi les juifs auraient-ils suivis un romain pour se révolter contre Rome? C’est absurde. Suétone n’était pas aussi bien renseigné que les autres historiens que j’ai mentionnés avant et il était porté à se baser sur des ouï-dire. Probablement, ce qui s’est passé ici est qu’il ne connaissait pas vraiment les origines ni les croyances du christianisme et qu’il a interpréter que Chrestus, ressemblant fortement à Christus (Christ en latin), était un nom propre et que celui-ci causait du trouble en incitant la foule à se révolter. Les juifs en question pourraient en fait faire référence aux chrétiens, Suétone ne faisant pas nécessairement la différence entre la secte juive des chrétiens d’avec les juifs « normaux ». Une raison supplémentaire pour laquelle ce passage est significatif est que Luc, dans son livre des actes des apôtres, mentionne que les chrétiens se sont fait chasser de Rome par l’empereur Claude:

« Après cela, Paul partit d’Athènes et se rendit à Corinthe. Il y trouva un Juif du nom d’Aquilas, originaire du Pont, qui venait d’arriver d’Italie avec sa femme Priscille parce que Claude avait ordonné à tous les Juifs de quitter Rome. » (Actes 18 :1-2)

Dans le deuxième passage, nous avons une corroboration de la persécution des chrétiens à Rome sous l’empereur Néron.

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/SUET/NERO/trad.html#XVI

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/SUET/CLAUD/trad.html#XXV

Mara Bar Sérapion

C’est un philosophe syrien qui écrit à son fils de prison et qui l’encourage à rechercher la sagesse, suite à avoir été capturé par les romains ayant détruit sa ville. Il a écrit sa lettre environ en l’an 73 de notre ère.

« Quels bénéfices les athéniens ont-ils retirés d’avoir tué Socrates? Ils ont été punis par la peste et la famine dû à ce geste. À quoi a-t-il servi aux Samiens de tuer Pythagore, puisque leur pays en entier a été submergé par le sable en un instant? Ou à quoi a-t-il servi aux Juifs de tuer leur roi sage, puisque leur royaume leur a été enlevé depuis ce temps? Dieu a vengé de manière juste ces hommes sages. Les Athéniens sont morts de la famine, les Samiens ont été inondés par la mer, les Juifs ont été massacrés et chassés de leur royaume, étant maintenant dispersés partout. Grâce à Platon, Socrates n’est pas mort; ni Pythagore, grâce à la statue d’Héra. Non plus le roi sage, grâce à la nouvelle loi qu’il a donnée. »

Il est certain que Mara parle ici de Jésus, car nul autre ne correspond à sa description. Jésus, en tant que messie, était supposé être le roi attendu par les Juifs qui les mènerait dans un royaume prospère et éternel. Il a enseigné aussi beaucoup de préceptes moraux. En l’an 70, Jérusalem, la capitale et ville sainte des Juifs, dans laquelle résidait leur temple, a été détruite par les romains. Sa lettre démontre que Jésus était connu même en Syrie déjà très tôt. Il corrobore aussi le fait que les juifs ont mis Jésus à mort. Il n’était probablement pas chrétien, puisqu’il ne semble pas croire que Jésus est encore en vie, mais qu’il vit plutôt à travers ses enseignements, et il le place au même niveau que des philosophes grecs.

Lucien de Samosate

Lucien était un écrivain satirique de la Syrie. Dans un de ses écrits, datant de la deuxième moitié des années 100, il raconte l’histoire d’un homme faisant toutes sortes de choses scandaleuses. Celui-ci aurait entre autres prétendu être un chrétien :

« C’est à cette époque qu’il décida de s’imprégner des préceptes de l’admirable religion des chrétiens : il se rendit alors en Palestine et se mêla à leurs prêtres et à leurs scribouilleurs. Que te dire de plus, sinon que ce sinistre individu leur reprocha d’être passablement infantiles. Très vite, il en fit d’obéissants écoliers, se proclama leur prophète, leur thiasarque, leur chef de synagogue, bref, il s’octroya tous les pouvoirs, se proposant d’analyser leurs livres saints, les décortiquant à satiété, rajoutant même des textes de son cru. Tant et si bien que les chrétiens le regardèrent comme un pontife ; il finit même par se hausser au niveau de celui que l’on avait adoré en Palestine et qui subit là-bas le supplice de la croix, coupable, aux yeux de ses semblables, d’avoir inventé de nouveaux mystères pour l’humanité.

Bientôt, pour cette raison, notre Protée fut jeté en prison. Or, cette épreuve allait lui offrir une aura supplémentaire et ce, pendant toute la durée de son existence : en effet, une rumeur circula selon laquelle il était capable de faire des miracles et qu’il était assoiffé de gloire. Dès lors, il ne put se contenir. Quand il fut jeté en prison, les chrétiens, émus par cette personnalité à nulle autre pareille, se mirent en quatre pour l’aider à s’évader. Mais ce fut en vain. Ses condisciples se contentèrent de lui témoigner mille hommages. Ainsi, dès l’aube, on voyait déambuler autour de sa prison un essaim de vieilles femmes, de veuves et d’orphelins. Le gratin de la secte parvenait même à partager sa cellule, après avoir graissé la patte de ses geôliers. Grâce à leur dévouement sans limite, notre faux prophète, tout en savourant de fins repas, eut le temps de s’imprégner de leurs textes sacrés. C’est alors que Pérégrine dit le vertueux – épithète qu’il s’était lui-même attribuée – fut appelé par les chrétiens « nouveau Socrate »  !

Et ce n’est pas tout : maintes cités d’Asie lui envoyèrent des représentants des chrétiens, des sortes d’avocats chargés de le soutenir dans sa lutte et tenter de défendre ses droits. Dans ces circonstances, ils rivalisèrent d’empressement, ne lésinant pas sur la dépense en faveur de notre homme, si bien que Pérégrine vit affluer des flots d’argent dans sa prison et finit par amasser un bien joli pécule.

Ces pauvres chrétiens se croient immortels et s’imaginent que l’éternité les attend. Ils se moquent pas mal des supplices et se jettent avec courage dans les bras de la mort. Celui qui fut leur législateur les convainquit que tous les hommes étaient frères. Une fois convertis, ils mettent au rebut les dieux des Grecs, pour vénérer ce sophiste mis en croix dont ils suivent à la lettre les moindres préceptes. Les biens et les richesses leur font horreur, et ils partagent tout, se conformant à une tradition sans fondement doctrinal. La conséquence de ces pratiques, c’est que le premier aigrefin venu, s’introduisant parmi eux, pourvu qu’il soit un peu retors, n’a pas grand mal à s’enrichir à leurs dépens, non sans rire au fond de lui-même de la naïveté de ces gens. » (La mort de Pérégrinos, 11-13)

Il est dur d’estimer la fiabilité historique des informations que Lucien rapporte, car on ne connait pas ses sources. Mais clairement, il avait accès à ces informations, ne serait-ce que par des rumeurs, car il dit la même chose que les chrétiens au sujet de leurs croyances et ceux-ci n’auraient eu aucun intérêt à inventer cette histoire rocambolesque en lien avec Pérégrine, ses abus et la naïveté des chrétiens se rapprochant plus de l’imbécilité que d’autres choses. De ce fait, il corrobore plusieurs éléments de la philosophie des chrétiens, nous donnant une idée de ce qu’ils croyaient à cette époque, indépendamment de ce que les sources chrétiennes nous disent.

À comparer :

« Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain et dans les prières. […] Tous ceux qui croyaient étaient ensemble et ils avaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et ils en partageaient le produit entre tous, en fonction des besoins. Chaque jour, avec persévérance, ils se retrouvaient d’un commun accord au temple; ils rompaient le pain dans les maisons et ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur. » (Actes 2 :42-46)

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/LUCIEN/Mort.html#Traduction

Celse

Celse était un penseur païen opposant le christianisme. Il a écrit un livre nommé « discours véritable », dans lequel il cherche à réfuter le christianisme, mais malheureusement celui-ci a été perdu, probablement détruit par les chrétiens. Heureusement, ses écrits survivent à travers l’ouvrage du Chrétien Origène, adéquatement nommé « Contre Celse », dans lequel il présente et répond à ses objections posées contre la foi chrétienne. Celse était bien au courant des croyance chrétiennes et cherchait à présenter des contradictions et des absurdités entre celles-ci. Il y parle aussi du judaïsme et des croyances gréco-romaines et fait des parallèles entre eux. L’œuvre d’Origène est datée à l’an 250 et Celse aurait écrit son traité 75 ans auparavant, le situant en l’an 175 de notre ère. Dans la première partie de son ouvrage, Celse mentionne la naissance de Jésus :

« Tu as commencé par te fabriquer une filiation merveilleuse en prétendant que tu devais ta naissance à une vierge. [Sous savons au juste ce qui en est] Tu es originaire d’un petit hameau de la Judée, né d’une pauvre femme de la campagne qui vivait de son travail. Celle-ci, convaincue d’avoir commis un adultère avec un soldat nommé « Panthéra », fut chassée par son mari qui était charpentier de son état. Expulsée de la sorte et errant çà et là ignominieusement, elle te mit au monde en secret. Plus tard, contraint par le dénuement à t’expatrier, tu te rendis en Egypte, y louas tes bras pour un salaire, et là, ayant appris quelques-uns de ces pouvoirs magiques dont se targuent les Égyptiens, tu revins dans ton pays, et enflé des merveilleux effets que tu savais produire, tu te proclamas Dieu. Ta mère peut-être était belle, et Dieu, dont la nature pourtant ne souffre pas qu’il s’abaisse à aimer les mortelles, voulut jouir de ses embrassements. Mais il répugne que Dieu ait aimé une femme qui n’avait ni fortune ni naissance royale comme ta mère, car personne même de ses voisins ne la connaissait. Et lorsque le charpentier se prit de haine pour elle et la renvoya, ni la puissance divine ni le Logos, qui dompte les cœurs, ne put la sauver de cet affront. Il n’y a rien là qui sente le royaume de Dieu. » (Discours véritables, première partie, p.283-285, restitution faite par Benjamin Aubé)

Celse dit beaucoup d’autres choses au sujet de Jésus, des chrétiens et de leurs prétentions. Ce qui est intéressant pour nous dans le présent article, c’est qu’il ne nie pas l’existence de Jésus. D’ailleurs, aucun opposant du christianisme ne le fait. Il aurait été pertinent de le faire, si Jésus n’avait effectivement pas existé. Bon, il faut prendre en considération que Celse a écrit 150 ans environ après la mort de Jésus, donc il n’était pas nécessairement des plus qualifiés pour parler de son existence ou inexistence, mais on voit que plutôt que d’offrir une réfutation de son existence, il choisit de présenter une histoire alternative sur ses origines et la nature de son ministère sur Terre. Selon lui, Jésus était un charlatan, possiblement en délire, qui s’est auto-proclamé Dieu parce qu’il savait faire de la magie. Il aurait appris cette magie en Égypte, alors que sa mère pauvre et coupable d’un adultère était aller y chercher de quoi vivre. Probablement, cette histoire était une rumeur qui circulait parmi les païens au sujet de Jésus. Peut-être même que cela provenait des juifs. Ce qui est aussi intéressant, c’est qu’il ne nie pas les miracles de Jésus, mais les explique plutôt par de la magie! Selon les dires de Celse, « il sait [vraiment] ce que qui en est » au sujet des origines de Jésus. Si Jésus n’avait pas véritablement existé, il aurait eu plus de sens que les rumeurs disent cela. Les chrétiens auraient eu l’air encore plus insensé, car plutôt que d’avoir fondé leur foi sur un charlatan possédant tout de même des pouvoirs surnaturels ainsi qu’un certain charisme, ils auraient fondé leur foi carrément sur des mythes inventés.

Justin Martyr et Tryphon

La seule personne dans l’antiquité à avoir possiblement nié l’existence de Jésus est Tryphon, un juif grec, avec qui Justin a discuté. Tryphon invitait Justin à se repentir de son erreur (c.-à-d. de sa foi en Jésus, un « faux » messie, selon Tryphon). Dans le deuxième paragraphe du chapiter 8, il dit ceci:

« Mais Christ – s’il est effectivement né et qu’il existe où que ce soit – n’est pas connu, ne se connaît même pas lui-même et n’a aucun pouvoir jusqu’à ce qu’Élie viennent l’oindre et le fasse connaître à tous. Et vous, ayant accepté un rapport sans fondement, vous vous inventez un Christ pour vous-mêmes et vous périssez de manière inconsidérée pour lui. » (Dialogue avec Tryphon, chapitre 8)

Dans ce dialogue, écrit au milieu du 2e siècle, Tryphon remet en question que le Christ soit né. Mais parle-t-il de Jésus? Non, car il ne croit pas que Jésus soit le messie. C’est justement ce doute qu’il cherche à planter dans l’esprit de son interlocuteur. Le vrai messie, que lui-même attend, n’est pas encore venu et si jamais il est né, alors son ministère n’a pas encore commencé et il ne sait probablement pas lui-même qu’il est le messie. Il est évident de toutes ses discussions avec Justin qu’il ne croit pas que Jésus n’a pas existé du tout. Plutôt, il croit que les chrétiens ont erronément pensé que Jésus était le messie.

https://www.newadvent.org/fathers/0128.htm

Conclusion

Qu’avons-nous appris au sujet de Jésus et des premiers chrétiens? Des 7 auteurs non-chrétiens que nous avons vus, nous apprenons que Jésus a bel et bien existé. Il est mort par crucifixion durant le règne de l’empereur Tibère, sous la supervision du gouverneur de la Judée, Ponce Pilate. Cela situerait la crucifixion de Jésus dans les années 14 à 37 pour le règne de Tibère et de 26 à 36 pour l’office de Pilate, donc ça doit logiquement être survenu entre 26 et 36. Ensuite, nous savons que Jacques le juste, ainsi appelé par les premiers chrétiens et supposé être le frère de Jésus, est mort en martyr au début des années 60. Nous savons aussi que Jean dit le Baptiste a existé, exercé un ministère d’appelle à la repentance et qu’il est aussi mort alors qu’il servait Dieu. De plus, les premiers chrétiens subissaient une persécution quasi-incessante de la part des Romains, étant arrêtés et mis à mort simplement pour le fait d’être chrétien; mis à part Néron (54-68), qui les a accusés d’avoir mis le feu à Rome et qui a utilisé ce prétexte pour leur faire du tort.

Voici ce qu’on sait de leurs croyances et coutumes : ils se rassemblaient tôt le matin pour chanter des hymnes de louanges à Christ, se promettaient de ne rien faire de mal (c.-à-d. de mentir, commettre un adultère, voler ou manquer à une promesse) et ensuite mangeaient un repas ensemble. Ils refusaient d’adorer les dieux païens ainsi que de quelconques images ou statues prévues à cet effet. Au point tel, même, que plus leur mouvement prenait de l’ampleur moins les affaires religieuses et économiques à Rome fonctionnaient bien! Les « vrais » chrétiens, nous dit-on, préféraient endurer des tortures et faire face à la mort plutôt que de renier leur foi en Jésus. Celui-ci était d’ailleurs connu jusqu’en Syrie, et ce très tôt dans l’histoire. Il était connu pour être sage, avoir été injustement mis à morts par ses compères juifs et pour leur avoir donné une nouvelle loi à suivre. Les chrétiens croient qu’ils sont immortels et pour cette raison ils ne craignent pas la mort. Ils se voient tous comme des frères et sœurs et mettent en commun leurs richesses, sans chercher eux-mêmes à s’enrichir. Jésus, l’objet de leur foi, aurait eu des pouvoirs surnaturels. Personne ne remet son existence en question.

De plus, nous avons la confirmation que le christianisme a effectivement commencé en Judée (sud d’Israël) avec un vrai Jésus, réfutant ainsi définitivement la théorie comme quoi des grecs auraient inventé la foi chrétienne des siècles après des événements ne s’étant jamais produits. On nous atteste aussi qu’il y avait déjà plein de chrétiens au premier siècle et au début du 2e siècle.

Cet article, ainsi que celui sur la transmission des textes du nouveau testament et celui sur la mythologie chrétienne, nous apportent à conclure que Jésus est bel et bien un personnage historique, n’ayant pas pu être inventé de toutes pièces. Déjà très tôt dans l’histoire il était connu et on parlait de lui et de son mouvement. Selon toute vraisemblance, le christianisme d’alors et le christianisme d’aujourd’hui sont une seule et même foi.

Sources supplémentaires utilisées

Evidence that demands a verdict, p. 41-91. Publié par Josh et Sean McDowell en 2017.