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Une phrase qu’on entend souvent en lien avec la transmission des textes bibliques de l’antiquité jusqu’à aujourd’hui est que nous n’avons que des copies de copies et des traductions de traductions, donc on ne peut pas s’y fier. Une comparaison souvent utilisée pour supporter ce point est le jeu du téléphone arabe, dans lequel un message est transmis en chuchotant à l’oreille d’une personne qui à son tour le chuchote dans l’oreille de la personne suivante et ainsi de suite, le résultat étant généralement un message déformé et bien différent de celui de base. Il existe un nombre incroyable de traductions modernes pour la bible. Pourtant, quand on traduit une bible, on ne va pas utiliser une autre traduction moderne pour le faire. On ne prend pas une bible en français écrite au 20e siècle pour en écrire une au 21e, par exemple. Non, on va prendre les textes originaux en grec. La seule exception à ça est que certaines versions sont révisées et mises à jour à la lumière de l’évolution de la langue de traduction et des découvertes scientifiques sur la bible, mais c’est ce n’est pas une nouvelle traduction. Donc dire que nous avons des traductions de traductions et que cela fait en sorte que nous n’avons plus aucune idée de ce que disaient les originaux est complètement extravagant et ignorant. Et quand même bien des gens utiliseraient des traductions déjà existantes pour en produire de nouvelles, il n’en demeure pas moins que c’est n’est pas une méthode standardisée et ce n’est certainement pas bien vu par les spécialistes de faire ça. Il est vrai que nous avons aussi des traductions anciennes (de l’antiquité) à notre disposition, mais celles-ci ne sont pas nécessairement utilisées pour faire de la traduction. Elles peuvent être utilisées comme références à ce que nous avons pour comparer les différentes versions. C’est très utile. Et puis même si des traductions sont faites à partir d’elles, ça ne veut pas dire qu’on doive les voir comme des références parfaites sur ce que les auteurs originaux ont dit. Il y a une pertinence à comparer divers ouvrages anciens et tout le monde n’est pas en mesure d’étudier et de lire ces langues mortes. En ce qui concerne l’allégation que nous utilisons des copies de copies, ça c’est vrai. Après tout, vous vous attendiez à quoi? Qu’on ait les textes originaux sous format PDF et sur une clé USB prête à être utilisée? On parle de textes écrits il y a 2000 ans et plus ici… Revenons sur Terre un moment, s’il-vous-plaît. Les matériaux que les gens de l’antiquité utilisaient, tel que le papyrus, étaient périssables. Rappelons-nous aussi que l’imprimante, invention extraordinaire et permettant la reproduction massive d’une œuvre écrite avec une relative aisance, a été inventée durant les années 1400, donc bien longtemps après l’écriture du nouveau testament ou tout autre document de l’antiquité. La survie de ces textes dépendait uniquement d’un travail ardu et assidu de ceux qui les recopiaient. Il fallait réécrire à la main chaque page de chaque texte… On peut d’ailleurs remercier les moines chrétiens pour ce travail minutieux effectué au fil des siècles. Il est donc incontournable que nous ayons des copies de copies. C’était le seul moyen de garder les textes en existence. La question, maintenant, c’est de savoir si la situation est aussi grave que certains voudraient faire paraître. Est-ce que les textes ont été mal recopiés ou carrément modifiés volontairement depuis le commencement de la transmission textuelle? C’est ce que nous allons voir.

Manuscrits anciens

J’ai dit que la copie des textes était la seule manière de les préserver, mais en fait il y a aussi la chance. Certains documents ont entreposés (volontairement ou non) dans des conditions favorables à leur maintien. Par exemple, enterrés dans une caverne dans un désert et éventuellement submergés de sable. Le manque d’exposition à l’humidité et à la lumière aura empêché la décomposition des matériaux. Des découvertes fabuleuses ont été faites grâce à ce genre de circonstances idéales, révélant des textes datant de très près de leur composition, c’est-à-dire dans les premiers siècles de notre ère et avant. Cela nous permet de savoir ce qu’ils avaient à ces époques et, dans le cas de la bible, de les comparer avec ce que nous avons aujourd’hui. De cette manière, nous pouvons vérifier s’il y a eu modification depuis.

En chiffres

J’ai parlé du grec un peu plus tôt, car c’était effectivement la langue la plus parlé à l’époque et elle servait de « lingua franca », soit de langue commune, pour les différents peuples et empires de l’époque, comme l’anglais l’est pour nous aujourd’hui.

Ont survécu et été retrouvés à ce jour pour le nouveau testament plus de 5600 manuscrits grecs, soit 2.6 millions de pages. Le plus ancien de ceux-ci, un fragment de l’évangile de Jean, nommé P52, date de l’an 130. Nous avons aussi deux bibles complètes et très fiables (le Codex Vaticanus et le Codex Sinaiticus) datant de l’an 350. Autrement, nous avons des centaines de différentes parties du nouveau testament datant au plus tard de l’an 200 (le Bodmer Papyrus II (contenant plusieurs copies des évangiles de Jean et de Luc), le Diatessaron (une traduction syrienne d’une harmonisation des quatre évangiles) et les papyrus de Chester Beatty (contenant des portions majeures du NT)). Nous avons aussi plusieurs autres nouveaux testaments et bibles complètes datant des années 400. C’est de ces textes que nous traduisons nos bibles modernes. Et vous savez quoi? Nous lisons la même bible que les chrétiens du tout début.

Nous avons des bibles anciennes en diverses autres langues aussi. D’importance :

  • 975 manuscrits en Copte, les plus anciens datant du 3e siècle.
  • 10 000 manuscrits et plus en Latin, les plus anciens datant du 4e siècle.
  • 2000 manuscrits et plus en Arménien, les plus anciens datant de l’an 862.
  • 4000 manuscrits et plus en Slave, les plus anciens datant du 10e siècle.

Et bien d’autres encore dans ces langues : Georgien (5e siècle), Goth (5e siècle), Éthiopien (6e siècle) et Syriaque (5e siècle).

Au total, cela nous donne environ 24 000 manuscrits anciens pour le nouveau testament! Et devinez quoi. Ils disent tous la même chose! Ce ne sont pas différentes versions trafiquées pour satisfaire des buts pervers, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire…

Comment s’effectue la datation?

Différentes méthodes scientifiques sont utilisées pour dater des documents anciens. Il y a la datation au carbone-14, la comparaison des différents styles d’écritures (qui évoluent au fil du temps et donc varient selon les époques pour chaque langue), le type de papier ou matériel utilisé pour l’écriture, l’encre utilisé et finalement les références historiques contenues dans ces documents (lieux, situations politiques, évènements, etc). Nous explorerons le dernier point énuméré dans un article à part. En ce qui concerne les autres méthodes, je m’en remets au consensus scientifique, ne possédant aucunement les connaissances nécessaires à leur présentation et évaluation détaillées. Mon but n’est pas non plus d’argumenter sans fin et d’évaluer chaque détail ad vitam aeternam. J’accepte de faire confiance aux experts sur ces points-là. Il est à noter qu’il y a autant de non-croyants que de croyants qui étudient les textes anciens, donc ce n’est pas biaisé uniquement en faveur du christianisme.

La critique textuelle

La critique textuelle est une science fascinante! Elle consiste à comparer touuuuuuus les documents en existence que nous avons pour une œuvre (le NT, ici) et d’en ressortir les différences et similitudes. C’est grâce à cette recherche fabuleuse que nous savons que les différentes versions des différentes langues et époques s’accordent toutes ensemble. C’est aussi grâce à cela que nous pouvons savoir avec un niveau de certitude d’environ 99% ce que les textes originaux (appelés « autographes »), c’est-à-dire écrits par les apôtres, contenaient. Les différences qui sont ressorties de cette étude laborieuse sont extrêmement mineures et ne changent rien à la théologie chrétienne. La plupart du temps, ce ne sont que des erreurs d’orthographe ou de transcriptions (des mots ou phrases omis, mauvais mots employés) et qui sont très probablement accidentelles. Ce sont des erreurs qui s’expliquent très bien quand on comprend la langue grecque : soit, des mots qui se ressemblent (homophones), une mauvaise conjugaison, un ordre différent des mots et n’altérant aucunement le sens d’une phrase, la plupart du temps. En effet, en grec, les mots peuvent se mettre dans quasi n’importe quel ordre sans changer le sens de ce qui est dit. Ce sont aussi des erreurs qui se comprennent bien quand on considère, par exemple, qu’une ligne horizontale de texte a été omise. Est-ce une conspiration satanique ou une simple erreur d’inattention? Gardons en tête qu’ils n’avaient pas d’électricité à cette époque et qu’ils s’éclairaient avec des flammes. Ils n’avaient pas non plus de lunetterie à chaque coin de rue pour leur fournir des lunettes avec lentilles faites sur mesure pour leur vision… Sans compter l’hygiène, les maladies, les fléaux, les guerres, etc. Malgré toutes ces calamités, chaque génération a fidèlement gardé ces textes en vie. Chapeau, quand même!

Das Institut für neutestamentliche Textforschung (l’institut de recherche textuelle néotestamentaire), situé en Allemagne, est responsable du recensement et de la recension de tous les manuscrits grecs en existence.

Le Novum Testamentum Graece (nouveau testament grec) est une version du NT en grec ancien justement basée sur toutes les recherches de la critique textuelle. C’est donc la version du NT la plus exacte qui soit en existence sur Terre et qu’il l’a probablement jamais été depuis les premiers documents physiques écrits de la main même des apôtres. C’est un texte hautement respecté académiquement et utilisé par tous les spécialistes du sujet.

Comparaison avec des écrits païens

Des 10 œuvres anciennes majeures (voir à la fin pour la liste) qui nous sont parvenues (écrits historiques, artistiques et philosophiques), 4000 manuscrits et plus survivent au total. Nous avons 6 fois plus de copies anciennes et variées en termes de régions, langues et époques pour le nouveau testament que toutes ces œuvres anciennes combinées!

Néanmoins, il est important de noter que les chrétiens ont été responsables en grande partie de la préservation ou l’élimination des textes anciens. En effet, le christianisme a dominé le monde occidental depuis assez tôt dans l’histoire. Ce qui a survécu reflète donc ce qui était important pour eux. C’est donc pourquoi des œuvres opposées ou contraires à la foi chrétienne ont eu moins de chances de survivre. Nous savons que plusieurs de ces œuvres ont existé et disparu, car les chrétiens en font mentions dans leurs écrits qui eux ont survécu ainsi que dans les écrits païens ayant aussi survécu. Est-ce une tragédie? Oui. Ces textes faisaient parties de notre héritage culturel, historique et religieux. C’est triste de penser que certaines œuvres ont été carrément détruites par des gens. En même temps, il est normal qu’ils aient focalisé leur attention sur ce qui était important pour eux et qu’ils en aient donc délaissées. Sans compter que transcrire des textes est un procédé fastidieux et demandant. Nous pouvons quand même être reconnaissants pour ce qui s’est rendu jusqu’à nous!

Le point que je veux amener ici est que les œuvres d’auteurs païens sont reconnus comme fiables et historiques. Alors pourquoi nierions-nous le même statut aux écrits du nouveau testament qui pourtant sont encore mieux attestés historiquement?

Les pères de l’église

Ce sont les générations de chrétiens ayant suivi les apôtres. Ces gens ont été des écrivains extrêmement prolifiques. Parmi les nombreux textes des premiers siècles qui nous sont parvenus, tous contiennent des quantités phénoménales de citations bibliques et néotestamentaires. En fait, nous en avons tellement, que même si aucun écrit du nouveau testament n’avait survécu jusqu’à aujourd’hui, nous pourrions quand même reconstituer la majorité de ces textes basé uniquement sur ces citations! Incroyable, non?

En ne considérant que les écrits allant jusqu’à l’an 325, nous avons 37 419 citations du nouveau testament! Le nombre de citations allant jusqu’au 13e siècle se dénombre à plus d’un million. Trois chrétiens sont de particulière importance : Ignace, Polycarpe et Clément de Rome. Ces trois chrétiens sont les plus anciens après les apôtres à avoir écrit sur la foi, soit à la fin du 1er siècle et au début du 2e. Des 27 livres du nouveau testament, 22 sont inclus dans leurs citations et 3 des 5 manquants sont très courts (ne contenant qu’un chapitre chaque). D’ailleurs, c’est intéressant de constater que les pères de l’église considéraient les mêmes livres que nous comme faisant partie du canon néotestamentaire (livres officiels de la foi chrétienne). En plus, il était très fréquent qu’ils se citent entre eux et c’est même de cette manière qu’on peut encore savoir aujourd’hui ce que certains pour qui les textes n’ont pas survécu ont dit. On doit donc aussi nier la validité et l’historicité de tous ces textes (de onze différents auteurs, de différents pays) si on veut nier ceux du NT. La tâche se complexifie sans cesse pour le conspirationniste anti-chrétien.

Est-ce que tous ces textes auraient vraiment été inventés dans le but de donné l’impression que le christianisme est vieux et que des gens y croyaient? Toute une tradition de textes de différents auteurs en différentes langues, de diverses époques et de différents pays aurait été créée à partir de rien? On parle d’œuvres historiques et théologiques massives ici!

Conclusion

Il est totalement faux et aberrant de croire que la bible a été modifiée et corrompue au fil des siècles pour satisfaire des buts théologiques et machiavéliques. L’explication souvent fournie pour justifier cette absurde idée est que l’église ou le pouvoir politique en place aurait délibérément altéré les textes dans le but de mieux contrôler le peuple, de s’enrichir et de se donner plus de pouvoir. Rien, absolument rien, n’indique cela. La bible est exactement la même qu’au commencement. Des bibles complètes datant du 3e siècle nous sont parvenues et plusieurs parties du nouveau testament datant du 2e siècle aussi. Donc s’il y a eu conspiration et corruption intentionnelle des textes, il aura fallu que ça arrive très tôt. Tout ceux après ont fidèlement retranscrits exactement la même chose. Comme je l’ai déjà argumenté, nous avons de d’excellentes raisons de rejeter une telle hypothèse. Le christianisme ne peut pas être une légende inventée de toutes pièces et ses textes ne peuvent pas non plus avoir été corrompus au fil du temps.

Note

Comment fonctionnent les siècles? Le premier siècle : de l’an 1 à l’an 100. Le 2e siècle : de l’an 101 à l’an 200. Le 3e siècle : de l’an 201 à l’an 300, et ainsi de suite.

Les dix œuvres de la littérature ancienne mentionnées plus haut : l’Iliade d’Homer, l’histoire d’Hérodote, les pièces de Sophocle, les tétralogies de Platon, les guerres galiciennes de César, l’histoire de Rome de Tite-Live, les annales de Tacite, l’histoire naturelle de Pline le plus vieux, l’histoire de Thucydide et les discours de Démosthène.

Les onze différents auteurs chrétiens mentionnés plus haut : Clément de Rome, Ignace, Polycarpe, Clément d’Alexandrie, Tertullien, Hyppolite, Justin Martyr, Irénée, Origène, Cyprien et Eusèbe.

Sources

Evidence that demands a verdict. Pages 41-91. Écrit par Josh et Sean McDowell. Publié en 2017.