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arguments, arguments fallacieux, justification, logique, preuves, raisonnement
J’ai déjà parlé dans mon argument de la vérité qu’il existe des bons et des mauvais raisonnements. Je veux ici offrir une critique des erreurs que j’ai rencontrés des deux côtés et espérer nous aider à nous rapprocher de la vérité.
Souvent, les chrétiens ont la réputation d’avoir une foi aveugle. Autant j’aimerais pouvoir dire que c’est un homme de paille (c’est-à-dire une version inexacte et plus facile à réfuter de ce que l’autre pense vraiment), je dois malheureusement dire que c’est vraiment le cas de plusieurs et je trouve ça profondément déplorable. Moi-même, au début de ma foi, je pensais qu’il ne fallait pas trop se poser de questions et juste croire par la foi (sans preuves). Vraiment, je pense que c’est une mauvaise attitude. Si croire aveuglément est ce à quoi on est appelé dans la vie, alors tous sont justifiés dans leurs croyances. Bouddhistes, musulmans, hindouïstes, chrétiens, etc. On peut croire n’importe quoi aveuglément. On pourrait écrire les noms de toutes les religions qui existent, les mettre dans un sac et en piger une au hasard et ça serait notre religion qu’on pourrait croire aveuglément. C’est insensé! Tout le monde a ce qu’on appelle la charge de la preuve, c’est-à-dire la responsabilité de fournir des arguments et des preuves pour justifier que ce qu’il croit est effectivement vrai. Autrement, on peut juste ignorer ce qu’il nous dit. On n’a pas à croire des allégations infondées. C’est de notre devoir de nous éduquer adéquatement, comme je l’ai fait et que je continue de le faire, pour pouvoir défendre rationnellement notre foi chrétienne. La solution n’est absolument pas de se cacher la tête dans le sable et de répondre aux objections qui nous sont posées en disant « mais moi j’ai la foi », comme si ça nous rendait imperméable à la raison et aux arguments qui nous sont présentés. Ça, c’est un comportement d’enfant. C’est immature. Dieu nous appelle à être des adultes et à ne pas avoir une foi superficielle.
« Soyez toujours prêts à défendre l’espérance qui est en vous, devant tous ceux qui vous en demandent raison, [mais] faites-le avec douceur et respect, en gardant une bonne conscience, afin que là même où ils vous calomnient [comme si vous faisiez le mal], ceux qui critiquent votre bonne conduite en Christ soient couverts de honte. » (1 Pierre 3:15-16)
« Efforce-toi de te présenter devant Dieu comme un homme qui a fait ses preuves, un ouvrier qui n’a pas à rougir mais qui expose avec droiture la parole de la vérité. […] Or, il ne faut pas qu’un serviteur du Seigneur ait des conflits. Il doit au contraire être plein de bienveillance envers tous, capable d’enseigner et de supporter l’opposition. Il doit corriger avec douceur les adversaires: peut-être Dieu leur donnera-t-il de changer d’attitude pour connaître la vérité. Revenus à leur bon sens, ils se dégageront alors des pièges du diable, qui s’est emparé d’eux pour les soumettre à sa volonté. » (2 Timothée 2:15, 24-26)
« Alors que vous devriez avec le temps être des enseignants, vous en êtes au point d’avoir besoin qu’on vous enseigne les éléments de base de la révélation de Dieu; vous en êtes arrivés à avoir besoin de lait et non d’une nourriture solide. Or celui qui en est au lait est inexpérimenté dans la parole de justice, car il est un petit enfant. Mais la nourriture solide est pour les adultes, pour ceux qui, en raison de leur expérience, ont le jugement exercé à discerner ce qui est bien et ce qui est mal. » (Hébreux 5:12-14)
Soyons donc des adultes, capable de comprendre ce que nous croyions et d’en défendre la cohérence et la véracité! (Voir mon article sur le pari de Pascal pour plus.)
Certains s’opposent à l’idée que les chrétiens fassent de la philosophie en citant le passage suivant:
« Faites attention: que personne ne vous prenne au piège par la philosophie, par des tromperies sans fondement qui s’appuient sur la tradition des hommes, sur les principes élémentaires qui régissent le monde, et non sur Christ. » (Colossiens 2:8)
C’est simple, Paul dit que le problème est de s’appuyer sur des tromperies sans fondements et sur des traditions d’hommes. La solution est simple: se fonder sur la vérité avec fondement et sur Christ.
En ce qui concerne les athées, ils utilisent souvent d’autres arguments fallacieux. Les chrétiens commettent aussi ce genre de raisonnement et je ne les épargnerai pas. Ceux que j’ai vu principalement utilisés par des athées:
Appel à la popularité: si beaucoup de gens croient que quelque chose est vrai, alors ça doit l’être. Faux. La vérité ne dépend pas de combien de gens y croient ou non. C’est vrai ou non indépendament de nous. Une personne seulement pourrait croire que 1+1=2 et ça serait encore vrai. Ce n’est pas non plus parce que la plupart des gens croient que la théorie de l’évolution est vraie qu’elle l’est. Il en est de même pour l’existence de Dieu.
Appel à l’autorité: si telle ou telle personne en position d’autorité (intellectuelle) dit que c’est vrai, alors ça l’est. Pas nécéssairement. On peut supposer qu’un expert dans son domaine connaît toutes les preuves et les arguments et donc qu’il est qualifié pour nous en parler, mais cela ne veut pas dire qu’il a entièrement raison. Plus souvent qu’autrement, des experts de mêmes champs de connaissances ne sont pas d’accord sur tout. C’est donc facile de trouver quelqu’un qui aura notre version des faits. Si des preuves valides nous sont présentées, on ne doit pas les rejeter parce qu’un expert a dit que ça ne se pouvait pas… La vérité ne dépend encore une fois pas de l’opinion de qui que ce soit. Un autre exemple est que ce n’est pas parce que nous faisons confiance à quelqu’un que nécessairement elle a raison. Exemple, les enfants croient généralement tout ce que leurs parents leur disent. Pourtant, est-ce que les parents ne disent que la vérité à leurs enfants? Je ne pense pas!
L’argument génétique: une croyance est fausse parce qu’elle a été apprise d’une certaine source ou d’une certaine manière. La vérité ne dépend pas de comment elle est acquise pour être vraie. Par exemple, dire que je suis chrétien uniquement parce que je suis né au Québec, une province historiquement chrétienne. Même si c’est vrai que je suis chrétien parce que j’ai reçu une influence culturelle, en quoi est-ce que cela falsifie la véracité du christianisme? Aucunement! Un autre exemple évident est que si je fais un calcul mathématique d’une mauvaise manière, mais que par hasard j’arrive à la bonne réponse, alors cette réponse ne devient pas fausse à cause de mon mauvais raisonnement mathématique.
J’ai vu les arguments fallacieux suivants utilisés par les deux camps:
Ad hominem: Cela constitue en une attaque à la personne avec qui on débat. Parce qu’elle est laide, stupide, a une mauvaise réputation, sent mauvais, etc. alors on ne devrait pas croire ce qu’elle nous dit, malgré qu’elle nous présente des arguments rationnels et des preuves empiriques. Il est évident que la personne qui fait ça ne fait qu’éviter les arguments de l’autre. Elle ne prouve aucunement que l’autre a tort en faisant ça. Insulter une autre personne n’est pas prouver qu’elle a tort non plus.
Renvoyer la balle à l’autre (tu quoque): cet argument consiste à éviter encore une fois les arguments de l’autre en lui retournant ses objections ou en lui en présentant contre sa position. Cette personne n’a aucunement réfuter les arguments/objections de l’autre personne. Peut-être que tes arguments contre l’autre sont super bons, mais ça ne réfute pas ce que l’autre a dit quand même. Généralement, on fait ça parce qu’on ne sait pas quoi répondre.
Raisonnement circulaire: un exemple typique est « je crois que la bible est inspirée de Dieu parce qu’elle dit qu’elle est inspirée de Dieu ». La bible dit qu’elle est inspirée par Dieu, donc elle est inspirée par Dieu. Pourquoi est-ce vrai? Parce que si c’est inspirée par Dieu c’est nécessariement vrai. Aucune preuve indépendante n’est fournie pour croire que la bible est vraiment inspirée par Dieu et donc sans aucune erreur. Généralement, dans un argument circulaire, la conclusion est déjà présupposée dans une des prémisses utilisées pour justifier la conclusion.
Une question remplie (loaded question): Cela consiste a présupposer quelque chose dans une question qu’on pose, tel que « c’est quand la dernière fois que vous avez battu votre femme, monsieur? » Cette question ne laisse pas de place à la possibilité que la personne n’ait pas battu sa femme du tout. Ce n’est qu’une question piège. J’ai souvent vu ça utilisé avec un homme de paille, pour essayer de nous amener à défendre un argument semblable mais différent du nôtre et qui sera plus facile pour l’autre de défaire. C’est important de rester perspicace et de garder en tête ce qu’on défend vraiment et ce qu’on a vraiment dit. Ça peut aussi être utilisé pour brimer notre réputation et donc notre crédibilité.
Appel aux émotions ou aux conséquences: si on ne fait pas telle ou telle chose ou si on ne croit pas telle ou telle chose, alors quelque chose de terrible arrivera. Un exemple concret serait que si j’argumentais que Dieu doit exister parce que sinon la vie n’a pas de sens et c’est horrible, alors je commettrais cette erreur. Toutefois, les arguments que j’ai utilisés qui ressemblent à ça ont pour but de nous faire vouloir que Dieu existe et rejeter que le naturalisme est vrai, sans nécessairement prouver qu’un côté est vrai et que l’autre est faux. Pour ça, j’ai des arguments indépendants.
Faux dilemme: présenter un dilemme (soit x est vrai ou soit y est vrai) alors qu’il existe plus de deux options possibles. Un dilemme qui est nécessairement vrai est un qui présente l’affirmation et la négation d’une position. Soit Dieu existe ou soit il n’existe pas. C’est sûr que c’est un des deux, il n’y a pas de troisième option.
Accusation d’avoir utilisé un argument fallacieux: c’est aussi malhonnête d’accuser quelqu’un d’avoir utilisé un faux argument alors qu’il n’en est rien. Une telle tentative ne cherche qu’à brimer la confiance en soi de l’autre ainsi que sa réputation auprès des autres qui assistent au débat.
Il y en a d’autres, mais c’est ceux-ci que j’ai personnellement observés le plus.
Raisonnements logiques
Sur mon site, j’utilise divers arguments. Il existe des formes d’arguments qui sont valides et d’autres qui ne le sont pas. J’ai utilisé modus ponens et modus tollens.
Modus ponens: « si X est vrai, alors Y est vrai. X est vrai, donc Y est vrai. » Plutôt rudimentaire comme raisonnement.
Modus tollens: « si X est vrai, alors Y est vrai. Y n’est pas vrai, donc X n’est pas vrai non plus. » La raison est que X cause Y, donc Y suivra toujours X. C’est à noter que Y pourrait être vrai sans que X soit vrai, comme dans l’exemple qui suivra.
On peut voir ça comme une cause et son effet. Modus ponens: s’il pleut, alors le trottoir est mouillé. Il pleut, donc le trottoir est mouillé. Modus tollens: s’il pleut, alors le trottoir est mouillé. Le trottoir n’est pas mouillé, donc il ne pleut pas. À faire attention à l’erreur suivante: s’il pleut, alors le trottoir est mouillé. Le trottoir est mouillé, donc il pleut. Pas forcément. Peut-être que la ville a néttoyé les trottoirs et qu’ils sont mouillés à cause de ça. Le fait est que s’il pleut, c’est certain que le trottoir sera mouillé, mais d’autres causes peuvent rendre le trottoir mouillé. C’est là qu’il faut faire attention.
On peut mettre ces deux principes au négatif, en inversant les conditions, et ça fontionne encore:
Modus ponens: si le trottoir n’est pas mouillé, alors il ne pleut pas. Le trottoir n’est pas mouillé, donc il ne pleut pas.
Modus tollens: si le trottoir n’est pas mouillé, alors il ne pleut pas. Il pleut, donc le trottoir est mouillé.
Modus ponens: si la première condition est respectée, alors la deuxième le sera nécessairement aussi.
Modus tollens: si la deuxième condition n’est pas respectée, alors la première ne l’est nécessairement pas non plus.
Évidemment, il ne suffit pas d’avoir un argument qui suit une forme logiquement valide pour qu’il soit vrai. Il faut que les prémisses soient vraies aussi. Pour mon argument du trottoir, il faut supposer que rien n’empêche la pluie de tomber dessus de telle sorte qu’il sera nécessairement mouillé s’il pleut. Un exemple d’argument faux mais logiquement valide:
- Si Satan dit quelque chose, alors c’est un mensonge.
- Satan dit que 1+1=2.
- Donc c’est un mensonge de dire que 1+1=2.
L’avez-vous reconnu? C’est l’argument génétique. Il suit modus ponens, mais la prémisse 1 est fausse. Satan est peut-être un menteur, mais s’il dit la vérité alors ça demeure vrai même si c’est lui qui le dit. On pourrait aussi dire que ça correspond à l’argument ad hominem. Même quelqu’un aillant une mauvaise réputation ou un mauvais caractère moral peut affirmer des vérités. C’est sur la base de preuves et de raisons qu’il faut rejeter ou accepter une affirmation.
En conclusion
Ce n’est pas parce qu’un argument est persuasif qu’il est logiquement valide ou qu’il donne une conclusion qui est vraie. Restons à l’affût.
Sources
yourlogicalfallacyis.com
Philosophical Foundations for a Christian Worldview. Par William Lane Craig et J. P. Moreland. Pages 28-70.