Dieu existe-t-il ou non? Comment répond-t-on à cette question?
Je pense avoir établie assez clairement la pertinence de la question dans mes autres publications.
Une chose importante à garder en tête en considérant cette question est que ce n’est pas une question scientifique. En fait, oui c’est une question scientifique, mais pas dans le sens courant du terme. C’est une question philosophique. La science elle-même dépend d’ailleurs de la philosophie. Pour être plus précis, ce n’est pas qu’une question de preuves empiriques, mais de preuves issues de la raison aussi. La « science » moderne, ou des scientifiques modernes, plutôt, se limitent à croire seulement dans le matérialisme et dans le naturalisme; à croire ce que nos sens perçoivent uniquement, autrement dit.
Ceci va être dur à lire pour plusieurs… Dans notre société, nous idolâtrons la Science comme un dieu. Votre dieu est un faux dieu. C’est bête, mais c’est comme ça. Non, la science n’a pas toutes les réponses et n’est pas capable de toutes les donner non plus. Désolé. C’est ça la vérité. La science est utile pour l’observation de phénomènes naturels et pour découvrir les lois qui les régissent. Ce qui dépassent la méthode scientifique naturaliste, toutefois, est inaccessible à la science. Voici des exemples inaccessibles à la méthode scientifique : l’existence de la moralité objective ainsi que de ce qui constitut une bonne ou une mauvaise action, la réalité d’un univers existant indépendamment de nous, l’existence de d’autres esprits conscients comme le nôtre, les vérités logiques et mathématiques et le fait que la réalité ne vient pas de commencer à exister il y a 5 minutes avec tous nos souvenirs et une apparence d’âge. La méthode scientifique elle-même ne peut pas être prouvé par la méthode scientifique! Pourtant, toutes ces choses sont présupposées par la science.
Dieu est un être par nature immatériel et indépendant du monde physique. On ne l’étudiera pas comme on étudie les courants marins ou tout autre phénomène naturel. Ceci étant dit, cela ne veut pas dire que la nature et la science ne nous aideront pas à y répondre. En effet, chercher l’hypothèse qui explique le mieux nos observations est la base-même de la méthode scientifique. Si le monde naturel a été créé par lui et dépend de lui à chaque instant pour exister, comme les chrétiens et d’autres théistes le pensent, on devrait s’attendre à voir des indices de cela.
J’ai découvert qu’en utilisant la raison ainsi que des connaissances que tous possèdent sur le monde, on peut savoir que Dieu existe. En fait, son inexistence est ce qui ne ferait pas de sens face à tous ce que nous savons. Nous pouvons déduire à partir de choses évidentes des choses moins évidentes et ainsi obtenir des nouvelles connaissances. On peut aussi partir d’une perspective, en tirer les conclusions logiques et voir si elles concordent avec les faits que nous avons déjà. C’est ce que je fais sur ce blog. Donc si vous aimez vraiment la science et que vous vous considérez comme étant honnête intellectuellement, ne rejetez pas aveuglément l’hypothèse de Dieu.
Je trouve que le terme « religion » est vague et connote une certaine malhonnêteté intellectuelle, dû à une certaine arrogance. On parle de la religion de manière péjorative plus souvent qu’autrement. La religion c’est stupide. La religion c’est des mensonges. La religion c’est inventé par les hommes. La religion on garde ça chez soi. La religion c’est un culte au spirituel, avec plein de règles et d’interdits. Ouf… Qui voudrait être religieux???
Comme je l’ai dit plus tôt, je crois que le naturalisme scientifique peut être considéré une religion. Beaucoup y croient de manière dogmatique, avec certaines croyances et pratiques qui sont communes parmi les adhérants. Ce sont des caractéristiques de base que possèdent les religions. Quelques exemples de croyances et pratiques communes aux athées naturalistes : croyance dans le matérialisme, donc à l’inexistence du surnaturel, la liberté sexuelle totale ou presque, la suprématie de la science, croire à la théorie du big bang, à la théorie de l’évolution de la vie par sélection naturelle, la croyance que le but de la vie est inventer par tout un chacun et croire que notre conscience s’éteint définitivement après la mort. Évidemment, l’ensemble des croyances varie d’une personne à l’autre. La croyance dans le surnaturel, typique des religions, n’est peut-être pas inclu dans leur système de croyances, mais ils ont un dieu tout-de-même: l’humain et son intelligence. Nous sommes trop intelligent pour croire en Dieu. Grâce à nos grandes connaissances et notre grande maîtrise de notre environnement, nous n’avons pas besoin de divinité. Comme tous les peuples ayant foulés le sol de la terre, nous nous disons que notre religion et notre dieu est meilleur que celui des autres. L’orgueil est notre idole. Ironiquement, le naturaliste n’est pas si différent des autres religions qu’il condamne sur un autre point important : il considère que l’univers est son créateur. Comme les romains et les grecs qui adoraient les astres et qui les anthropomorphisaient. Les naturalistes ont juste une manière différente, moins poétique peut-être, de nous le représenter. Le chrétien, de son côté, croit qu’un être suprême, une personne, a créé et les astres et les hommes. Les astres et l’univers dans son entièreté sont incapables de créer quoi que ce soit. Au moins, les païens croyaient qu’il y avait de l’intelligence derrière l’univers et les astres, guidant leurs actions!
À la place de « religion », on devrait plutôt parler de perspective, « worldview » en anglais. Une conception du monde. On en a tous une. En plus, on dirait que les gens qui parlent des « religions », présupposent qu’ils ont toute la vérité et que les religions incluant le surnaturel sont dont dans l’erreur elles. Comme ça, ils n’ont pas à prouver leur propre perspective. Voyons, c’est évident qu’ils ont raisons! C’est l’impression que j’en retire de toutes les fois où j’ai entendu parler de la religion. On a tous une conception du monde et on doit la justifier. Elle évolue sans cesse, avec nous et notre apprentissage. Nous devons tous examiner nos propres croyances pour s’assurer de leur exactitude et nous devons faire de même pour les croyances que nous rencontrons. Évidemment, nous ne disposons que de 24 heures dans une journée, donc nous devons choisir quoi évaluer en priorité et quoi ignorer aussi.
On aura beau se répéter qu’on a raison et que les autres ont tort, ça ne veut pas dire que c’est vrai. Les athées ne sont pas à l’abri d’avoir une croyance irrationnelle et fausse. La prochaine fois que vous utiliserez ce terme, essayez d’être clément. Tout le monde a sa religion. Tout le monde. Et la majorité a une conception du monde incluant le spirituel. Cela ne prouve rien en soi, mais une chose est sûre et c’est que l’humain se cherche toujours un dieu à adorer et servir.
Une dernière réflexion pour finir. Supposons que le naturaliste a raison. Supposons encore que la théorie de l’évolution de la vie par sélection naturelle est vraie. Alors toutes les religions qui existent doivent avoir eu un avantage évolutif. Ça doit nous aider à survivre d’une quelconque manière. On pourrait dire, comme je l’ai souvent entendu, que c’est pour nous aider à accepter la mort et pallier à l’absurdité de la vie. Pourquoi une telle haine contre les religions alors? En réalité, le phénomène religieux est déterminé par nos gènes à la base! On n’y peut rien en fait! C’est un produit de la nature. De plus, si la vie est si absurde, en quoi est-ce mal de croire à des choses qui nous aident à être heureux et à vouloir vivre? Même si toutes les religions à part le naturalisme étaient fausses, ça ne serait pas avantageux d’y croire. C’est difficile de comprendre la motivation du naturaliste à convaincre mordicus tout le monde que la vie est vaine et sans valeur. Qu’il n’y a aucun remède à la souffrance et à la mort. Même selon le naturalisme on ne devrait pas croire le naturalisme!
Sources utilisées
Salut JS,
L’idée de la sécularité en tant que croyance religieuse (ou religiosité) est tout à fait courante dans le monde de la sociologie de la religion. Peter Berger définit la religion ainsi : «l’établissement, à travers l’activité humaine, d’un ordre sacré englobant toute la réalité, i.e. d’un cosmos sacré qui sera capable d’assumer sa permanence face au
chaos » (Berger, La religion dans la conscience moderne, Paris, Centurion, 1971). Ce cosmos sacré n’est pas nécessairement quelque chose de surnaturel, mais une vision globale du cosmos (similaire au worldview, mais il y a des différences subtiles) qui « fait sens du cosmos ». Alors le naturalisme serait un exemple d’un tel cosmos sacré.
Pour mes recherches de maîtrise je me sert de la pensée du sociologue de la religion québécois Raymond Lemieux, qui décrit la société québécoise en matière de «sécularité religieuse» ou «religiosité non-confessante» géré par un «marché» de biens du salut (tout ce qui peut répondre au besoin humain de sacralité, eg, des rites, des pratiques spirituels ou non, comme la messe, les sacrements, les activités sportives sur la télé…). Ce qui est intéressant, c’est qu’il a construit cette théorie par le biais d’entrevues avec des québécois sur leur propres croyances.
Voici un résumé venant de son chapitre « Lemieux, Raymond, « La dialectique de la communauté et du réseau dans le champ religieux », dans Francine Saillant et Éric Gagnon (dir.), Communautés et socialités: formes et force du lien social dans la modernité tardive, Montréal, Liber, 2005. ») :
Mais j’appelle volontiers « religion séculière »,« sécularité religieuse » ou encore « sécularité enchantée » 3 ce monde de régulation sociale qui s’impose avec d’autant plus de force et de capacité contrôlante qu’il s’appuie sur un ensemble de croyances paraissant d’aller de soi : le progrès par le développement technique, le bonheur par la consommation, l’égalité par le marché, la liberté par la concurrence, la réalisation de soi par la performance. Il demande à chacun non pas d’accepter et d’honorer l’autorité légitimée dans l’arbitraire des traditions, mais de s’adapter à la loi naturelle inscrite dans l’ordre des choses. Il crée alors de toutes pièces son mythe, évolutionniste, dans lequel les mieux adaptés sont les plus susceptibles de survivre. Sécularisé, le salut qui y est proposé « consiste dans la libération de l’emprise maléfique de l’ignorance, de la superstition et de l’acceptation fataliste des oppressions naturelles ou sociales. La raison, la science et la technique [sont] les agents de cette libération.» (Citation de E. Fuchs, «Problématique du salut à l’age de la post-modernité »)
Il élabore ces idées en beaucoup plus de profondeur dans : R. Lemieux, sécularités religieuses. Syndromes de la vie ordinaire, cahiers de recherche socologique, no33 1999 p. 19-50.
Une chose vraiment importante à remarquer, c’est que ces croyances opèrent au niveau de l’imaginaire sociale — c’est une couche en sous des croyances « confessées ». Charles Taylor décrit un imaginaire non en matière de ce qu’on pense, mais les bases sur lesquelles nous pensons. C’est le *vraisemblable*, qui renvoi aux présuppositions culturelles non exprimées — des choses qui « vont de soi » parce qu’elles font tellement partie de l’aire qu’on respire qu’on n’en est même pas conscients.
Si jamais ça t’intéresse d’en lire plus, je peux t’envoyer de la lecture. 😉
– Brad
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Wow, c’est très intéressant Brad! Merci du commentaire! Très enrichissant.
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