L’attitude philosophique selon laquelle on ne peut être certain de rien. On doit tout douter. Aucune croyance n’est à l’abri du doute. Pour croire quelque chose, il faut être absolument certain; certain hors de tout doute.

Est-ce une attitude raisonnable? Voyons voir.

D’abord, j’utilise le terme « proposition » qui en philosophie signifie une idée ou croyance quelconque qu’on peut représenter et exprimer à travers le language. Par exemple, « la neige est blanche » équivaut à « the snow is white », car c’est le sens et non le language utilisé qui est proposé. On peut ensuite évaluer la véracité ou la fausseté de la proposition.

La proposition « on ne doit pas croire quelque chose à moins d’être absolument certain que c’est vrai » est en soi contradictoire. En effet, êtes-vous absolument certain que c’est vrai qu’on doive faire ça? Moi non…

Énoncé différemment, le sceptique dit devoir douter de tout. Si c’est le cas, alors il devrait douter de son propre principe. Il en est de même pour cette attitude similaire: « on ne peut rien savoir réellement ». Alors est-ce qu’il sait ça? Si non, pourquoi le croit-il alors? Ou encore « la seule attitude justifiée à avoir est de s’abstenir de jugement concernant toute proposition ». Alors abstenons-nous de jugement pour cette proposition et ignorons-la.

Donc, s’il y a bien une chose dont on doit être sceptique, c’est du scepticisme lui-même. Il est bon d’être modérément sceptique, pour ne pas accepter n’importe quelle idée sans aucune justification. Il arrive en effet qu’on se trompe et qu’on doive se remettre en question, donc il y a moyen d’être sainement sceptique, mais comme pour beaucoup d’autres points de vue, aller à un extrême ou l’autre n’est pas raisonnable ni sain.

Il est bon de rechercher à être certain, hors de tout doute *raisonnable*. Lorsqu’on n’a pas de doute qui soit raisonnable et qu’on a de bonnes preuves ou raisons pour une proposition, on est rationnellement justifié de croire la proposition en question. Pragmatiquement, c’est infaisable d’être sceptique à l’extrême. On ne serait jamais sûr de rien. Est-ce que l’auto qui s’approche de moi dangereusement vite existe vraiment? Hmm… BAM!!! C’est évident qu’elle existe. La vraie question est plutôt : devrions-nous en douter ou, autrement dit, avons-nous de bonnes raisons d’en douter? Un doute irrationnel et infondé n’est simplement pas suffisant. Ce n’est pas parce que c’est possible qu’une proposition soit fausse que c’est probable qu’elle le soit. Il faut justifier son doute ou sinon s’abstenir de douter. Si tout nous amène à croire que l’univers nous entourant ou encore que notre propre corps existe, par exemple, alors pourquoi en douter? Certaines vérités sont évidentes en elles-mêmes et ne nécessitent pas plus de justification; douter d’elles est en soi déraisonnable. Il faut bien partir sur quelques bases pour bâtir plus de connaissances ensuite.

Par exemple, toute tentative de nullifier la raison est vaine. En effet, on ne peut réfléchir ni argumenter pour aucune idée sans user de sa raison… C’est donc une tâche impossible que de rejeter la raison… pour de bonnes raisons. Pareillement, tenter d’invalider le monde que nous nous représentons par nos sens en utilisant un quelconque scénario, comme celui du film « la matrice », par exemple, est une tâche toute aussi vaine. On imagine un monde qu’on ne connaît pas réellement pour invalider ce qu’on connaît réellement du monde. Tenter d’imaginer un monde auquel on n’aurait pas accès est impossible et donc inutile. Il est plus simple et plus sensé de nous confier en l’apport de nos sens et en la représentation du monde que nous nous faisons ensuite, surtout à la lumière du fait qu’on ne peut pas trouver de raison valable pour rejeter la validité de notre expérience qui en plus nous apparaît de manière très convaincante comme étant véritable. Le fait que nous admettions que nos sens nous trompent à l’occasion est admettre qu’ils sont fiables le reste du temps.

Il n’est pas nécessaire non plus de réfuter tous les points de vue différents pour savoir lequel est irréfutable et donc vrai. Il suffit d’avoir des raisons satisfaisantes pour celui qu’on croit. Évidemment, il faut s’assurer que ce point de vue est cohérent et qu’il peut résister aux objections qui lui sont posées. Si notre interprétation de la réalité est la bonne et qu’on sait pourquoi, alors on réfutera aisément les points de vue opposés lorsque nous y serons confrontés.

Nous pouvons donc tirer une leçon importante de tout ceci en ce qui concerne notre recherche sur l’existence de Dieu. Nous devons garder un doute raisonnable, comme pour toute proposition, afin de ne pas croire n’importe quoi. Toutefois, il faut être prêt à se laisser convaincre lorsque des arguments et des preuves valides et sensés nous sont présentés, ou sinon nous nous comporterons de manière irrationnelle. 

Sources utilisées

https://plato.stanford.edu/entries/skepticism/#TwoBasiFormPhilSkep

Philosophical foundations for a Christian worldview. Auteurs: W. L. Craig & J. P. Moreland. Pages 98-103.