Cet être divin n’est pas nécessaire, car l’évolution de la vie par la selection naturelle explique l’origine de la moralité.

Nous ne percevons pas la moralité et les devoirs moraux comme seulement des outils de survie en société, existant seulement dans notre tête et causés par nos gènes dans l’unique but de favoriser notre survie. En effet, nous percevons ces choses comme existant réellement et ne dépendant pas de nous. Si on accepte l’objection, alors on rejette la prémisse (2). La moralité objective serait illusoire et sans autorité, donc aucune raison d’y obéir. En plus, la théorie de l’évolution n’exclue pas qu’un être supérieur l’ait guidée.

Voici un scénario inquiétant : si violer des femmes permet à un homme de propager ses gènes et leur permettre ainsi d’être transmis à la prochaine génération, est-il immoral pour cet homme de se laisser aller à ses pulsions sexuelles? Selon une éthique basée sur l’évolution naturaliste, non. Ce qui importe est la survie de l’humanité en tant qu’espèce. Et tous les moyens sont bons pour y arriver. Souvenons-nous aussi que beaucoup d’organismes doivent mourir pour que les « meilleurs » prennent le dessus sur les plus faibles au sein d’une même espèce, car ils corrompent le bassin génétique, ou sur les autres espèces offrant une compétition pour les ressources dans l’environnement partagé. Les génocides et l’extermination des moins aptes ne sont donc pas déconseillés non plus…

On dirait que Hitler faisait bien finalement…

En réalité, la survie de l’espèce humaine n’est pas « importante ». Ni la survie d’aucune autre espèce. Pourquoi? Parce que l’évolution par sélection naturelle n’est qu’une description de comment la vie opère. Cela ne nous dit pas que c’est important ou bon que ça opère ainsi. Donc argumenter qu’une moralité d’entraide est globalement plus favorable à la survie qu’une moralité égoïste et qu’on devrait être gentil à cause de ça est d’autant plus futile.

Est-ce que la moralité n’est vraiment qu’un outil pour la survie de nos gènes?

On cherche tous notre propre intérêt et on s’est donné des lois en tant que société pour bien vivre ensemble. 

Si tel est le cas, alors faire le bien équivaut à faire ce qui est dans notre meilleur intérêt en tant qu’individu. On n’agit jamais réellement de manière désintéressée envers les autres. Être égoïste n’est non seulement pas immoral, mais c’est la chose moralement indiquée à être! Se sacrifier de quelque manière que ce soit pour autrui est donc absurde, selon cette perspective. Et donner sa vie pour un autre, l’ultime sacrifice, ne peut pas nous bénéficier du tout et c’est donc immoral, ou du moins stupide. En réalité, on peut faire tout ce qu’on veut, tant qu’il n’y a pas de conséquences néfastes pour soi. Aucune action n’est hors limite, tant qu’on ne se fait pas prendre, on est correct…

Est-ce qu’on peut vraiment faire n’importe quoi et c’est correct?

Les cultures divergent sur ce qui est bien ou mal, donc la moralité est culturellement relative. 

En réalité, les différentes cultures sont toutes d’accord sur les mêmes principes moraux fondamentaux. C’est la manière de les appliquer qui diverge. Souvent, cette divergence est dû à une fausse croyance. Par exemple, croire que les membres de telle tribu sont des démons et qu’il est donc bien de les tuer. Mais tuer les membres de sa propre tribu, qui eux sont humains, est mal. Si le relativisme culturel était vrai, alors une culture ne pourrait pas se mêler des affaires des autres cultures ni même les juger en fait. Tel groupe ethnique veut exterminer tel autre groupe ethnique? Pas de problème. Ils sont chez eux, qu’ils fassent ce qu’ils veulent. Les hommes de tel pays veulent pratiquer l’excision sur les femmes et les utiliser comme esclaves sexuelles? Pas de trouble. Qu’ils s’amusent. Ils sont juste différents de nous. On ne doit pas intervenir.

La déclaration des droits universels de l’homme était donc dénuée de sens, selon cette perspective. Il n’existe pas de droits universels. Chaque culture décide qui a ou n’a pas de droits.

Qui plus est, tenter de changer sa propre culture est immoral, car ce n’est pas l’individu en soit qui importe. Des changements comme les droits de la femme et la liberté des esclaves n’avaient pas lieu d’être. La culture était déjà bonne. Au mieux, la culture a seulement changé, mais elle ne s’est pas améliorée. Croire qu’on peut s’améliorer ou découvrir de meilleurs idéaux moraux sous-entend l’objectivité de la moralité.

De toute manière, qu’il y ait des désaccords entre cultures n’a pas d’impact sur la réalité. Le bien et le mal existent ou ils n’existent pas. Une culture pourrait avoir raison et une autre tort. Les opinions divergentes n’ont pas d’impact sur la vérité. C’est d’ailleurs comme cela qu’on conçoit habituellement un désaccord: on affirme une position morale comme étant vraie et on considère la position opposée comme étant fausse, ce qui serait absurde selon le relativisme.

Est-ce que le relativisme culturel semble plausible?

Le déterminisme et le matérialisme. 

Si on croit au matérialisme et au déterminisme, alors il n’y a plus de moralité. Il y a seulement des faits. Tout ce qu’on fait est inévitable et nous n’avons pas de contrôle réel sur nos actions. Chaque action que nous posons est la conséquence nécessaire d’une cause qui l’a précédée. Selon l’évolution, cela serait dû à la sélection de nos gènes. Nous serions donc déterminés par notre biologie. Selon le matérialisme, nous ne sommes que des atomes assemblés ensemble. Il est dur de dire que tels ou tels atomes devraient se mouvoir dans telle ou telle direction… Surtout si ces atomes se sont assemblés par hasard…

Si on reprend l’exemple du gars qui viole des femmes, ce qu’il fait ne serait même pas de sa faute! En fait, il n’y aurait même pas de faute commise!

Est-ce que ça a vraiment du sens?

Il y a des athées qui sont de bonnes personnes, donc on n’a pas besoin de cet être suprême.

L’argument moral ne cherche pas à démontrer qu’aucun athée ne peut faire ou connaître le bien. Cette objection confond le fondement de la moralité avec les moyens de connaître la moralité. Sans fondement dans la réalité, il n’y aurait tout simplement pas de bon ou mauvais athée. De plus, personne n’est « bon » au même sens ontologique que l’être suprême l’est, comme j’ai argumenté plus tôt. Au mieux, les gens sont un mélange de bien et de mal.

Autrement dit, on peut ne pas croire en Dieu et faire le bien, mais on ne peut faire le bien si Dieu n’existe pas (car le bien n’existerait pas bon plus).

Le bien et Dieu sont identiques. C’est donc une tautologie, une redondance. Les prémisses (2) et (C) sont identiques.

Le bien fait partie de Dieu. Le bien n’est pas Dieu. Dieu est bon, mais le bien n’est pas Dieu.

« Pour savoir que Dieu est bon, il faut savoir que le bien existe, mais pour savoir que le bien existe, il faut que Dieu existe ». Non, l’argument de la moralité n’est pas circulaire car on sait que la moralité existe indépendamment de savoir que Dieu existe. On conclut que Dieu existe à partir de notre connaissance de la moralité. Toutefois, l’existence de Dieu précède l’existence de la moralité dans la réalité. Il ne faut pas confondre « connaissance » et « existence ».

Nous savons que l’idée de la moralité objective est fausse, car aucun être divin n’existe.

Vraiment? Pour ça il faut le prouver. Tout argument proposé contre cette divinité sera moins évident que la preuve de la moralité objective que notre conscience nous donne. J’examinerai les arguments athées dans d’autres publications.

La bible est pleines de choses horribles commandées ou endôssées par Dieu, donc on doit le rejeter.

Faux. Il est impossible d’affirmer que quoique ce soit est mal si Dieu n’existe pas. On aurait seulement l’opinion et les goûts d’une personne. De plus, si la personne est un relativiste culturel, alors de quel droit juge-t-elle et condamne-t-elle une autre culture? Est-ce qu’elle ne présuppose pas la supériorité de la sienne en ce faisant? Il en va de même pour le relativiste : il considère son opinion comme étant supérieure aux autres. Alors qu’elle est supposée être égale. Dans le pire des cas, on pourrait seulement conclure que le Dieu biblique n’est pas le vrai Dieu.

La prémisse (2) est un type d’argument fallacieux qu’on nomme « appel à la popularité ». Autrement dit, si tout le monde le croit, alors ça doit être vrai. Ce qui est faux. 

Il est vrai que quelque chose ne devient pas réel parce que plusieurs personnes le croient. Les gens peuvent croire des faussetés. Toutefois, ici, l’exception est que tout le monde sait que c’est vrai. Il ne s’agit pas d’une simple croyance infondée, mais d’une croyance fondamentale. Nous avons directement accès à notre conscience morale qui nous atteste la réalité du bien et du mal.

Pourquoi un Dieu et pas plusieurs dieux? 

La source absolue du bien est unique. Plusieurs personnes divines pourraient exister, mais elles seraient égales dans leur nature parfaitement bonne, car elles auraient la même. Ces personnes divines seraient donc toujours d’accord sur ce qui est bien et sur ce qui doit être fait. Elles seraient en parfaite unité concernant la moralité. Différents dieux avec différentes natures pourraient diverger sur ce qui est bon et on aurait alors un relativisme divin avec les mêmes problèmes que le relativisme humain. Socrates illustre bien cette situation dans sa conversation avec le prêtre athénien Euthyphron. Il est plus simple de parler d’une seule personne divine, mais la possibilité de plusieurs personnes divines ayant la même nature n’est pas exclue. Ils auraient les mêmes attributs déduits dans l’argument de la moralité.

Les psychopathes n’ont pas de conscience morale, donc tous ne perçoivent pas la moralité. La prémisse (2) est donc fausse.

Erreur. Les psychopathes savent ce qui est bien et mal, mais ne ressentent pas l’obligation de faire le bien, car ils s’en foutent. Cette objection se base sur la nature subjective de la moralité et cherche à démontrer que peut-être l’expérience des psychopathes, si elle signifiait ne pas connaître du tout la moralité, invaliderait la deuxième prémisse. Mais c’est faux. Ces gens ont besoin d’être soignés, pas d’être suivis comme guides de la moralité.

Ne devrions-nous pas faire le bien simplement parce que ça l’est, sans faire appel à un Dieu?

L’idée ici est de trouver la raison de l’existence du bien et du mal. Savoir que ça existe ne nous dit pas pourquoi. Et en réponse à ceux qui disent que les chrétiens font le bien seulement pour se faire récompenser ou par peur d’être puni sinon, c’est faux. On le fait évidemment aussi parce que c’est bien. Mais quelle valeur aurait une action comparée à une autre si les conséquences étaient toutes pareilles? Ou s’il n’y avait aucune conséquence?

Testons la réalité de la moralité. 

Le relativisme moral (c’est comme avec la crème glacée, certains aiment au chocolat, d’autres à la vanille. À chacun ses goûts.) VS le réalisme moral (c’est vrai pour tout le monde tout le temps que certains principes moraux fondamentaux existent et que certaines actions sont bonnes et d’autres mauvaises).

Si la moralité n’est qu’une question de goût ou d’opinion personnelle, alors tous les points de vue s’équivalent. Aucune opinion ni aucun goût n’est meilleur ou moins bon qu’un autre. L’esclavage, la liberté pour tous, la soumission et l’exploitation des femmes, les droits de la femme, le racisme, l’égalité de tous : tous des points de vue également valides moralement, selon le relativisme moral.

Considérez le scénario suivant :

Est-ce que la proposition suivante est vraie : « kidnapper une petite fille, l’enfermer dans un sous-sol, la violer et la torturer chaque jour pendant des années jusqu’à éventuellement l’avoir mutilée à mort est réellement mal »? Si la moralité objective n’existe pas, alors cette proposition est fausse. Si la moralité n’est qu’une question d’opinion, alors que devraient dire ses parents à ce sadique s’ils le rencontraient? « Personnellement, nous n’aimons pas ce que vous avez fait monsieur. Mais bon, à chacun ses goûts. »? Ou bien : « Espèce de dégueulasse! Ce que tu as fait n’a pas de bon sens! C’est horriblement et inimaginablement mal!!! ».

Je vous laisse décider. Votre réponse révélera ce que vous pensez vraiment de la moralité.

Il est impossible de prouver la prémisse 2.

Ça dépend ce qu’on recherche comme preuve. C’est certainement possible de démontrer sa véracité, comme par l’exemple du point précédent. Chacun peut le constater par lui même.

Sources utilisées :

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2840845/

Série YouTube de la chaîne InspiringPhilosophy:

Un article de Pouvoir de Changer écrit par Michael Horner, s’intitulant « Le bien et le mal véritables existent-t-ils? ».

Une vidéo de Horner: